Léopold 7: artisanale et durable

Recyclage de l’eau, travail sur l’énergie, récupération des vapeurs et des déchets, étiquette sérigraphiée plutôt qu’imprimée, bouteilles consignées, utilisation de casiers en bois : pas de doute, le respect de l’environnement est au cœur des préoccupations de Nicolas Declercq et Tanguy van der Eecken, maintenant associés depuis trois ans.

Alors qu’il menait une carrière internationale reconnue, le premier a tout lâché pour se lancer dans l’aventure Léopold 7. Ingénieur chimiste, spécialisé en brasserie, il a parcouru le monde et fut consultant pour de nombreuses brasseries en Espagne, en Chine, en Amérique du Sud, ou, plus récemment, à Madagascar où il s’occupait de la Brasserie Star dont la production dépassait le million d’hectolitres. Une position confortable qu'il a donc quittée (mais un nouveau projet se prépare déjà en Afrique du Sud) pour s’associer avec Tanguy.

Celui-ci est agronome et a complété ses compétences par une formation en électromécanique, puis en marketing. La bière coule dans les veines familiales depuis plusieurs générations : son arrière-grand-père était brasseur à Mons (Caulier) et c’est son grand-père qui rachète en 1920 la ferme actuelle qui brassait depuis 1866 de la bière pour les travailleurs du site et qui connut une activité brassicole dès le XIIIe siècle. Aujourd’hui, l’exploitation compte toujours 90 hectares de terres cultivées en céréales, pommes de terre et en lin, mais ne fait plus travailler autant d’hommes.

C’est dans l’un des bâtiments de la ferme qu’a été installée la brasserie qui a repris le nom utilisé au XIXe siècle. « Quand nous avons lancé le projet, explique Tanguy van der Eecken, nous avons cherché à innover et à faire le plus durable possible et à minimiser le rejet de matières organiques, avec, en projet, un système de lagunage pour épurer les eaux. Au niveau des bouteilles, nous avons opté pour un modèle unique en 33cl, avec un profilé légèrement différent des bouteilles classiques, les vidanges sont consignées. La marque est directement sérigraphiée sur la bouteille, avec un émail spécial sans métaux lourds. Une partie de la production est mise en fût pour l’horeca. »

La couronne de travers

Vu ces contraintes, il n’est aujourd’hui possible de ne produire qu’une seule bière, la déjà renommée Léopold 7, qui existe toutefois en version filtrée (en bouteille) et non filtrée (en fût). Le nom de cette blonde légèrement ambrée rend hommage à un ancien brasseur du lieu, un certain Léopold qui serait le 7e fils d’une famille aux commandes de la brasserie depuis 1273, mais à la composition de la bière : 3 grains (deux malts et un froment pour l’acidité), 3 houblons (deux aromatiques et un amer) et 1 ingrédient secret (« la Léopold touch ») pour faire 7. Enfin, une couronne, placée légèrement de travers au-dessus du nom, est évidemment un clin d’œil à la dynastie belge et à un 7e Léopold qui ne verra sans doute jamais le jour…

Avec un profil alcoolisé pas trop élevé, 6,2º alc. vol., la Léopold 7 refermente en bouteille et propose un profil aux arômes bien marqués, avec une attaque de bouche légèrement amère (mais on est loin des IPA américaines) et plus florale ensuite. Très douce à la dégustation, le tout est également très houblonné et parfaitement équilibré. Pour sa consommation, les deux associés ont opté pour un verre en forme de tulipe, un peu comme celui de Duvel, mais plus étroit et surtout avec un plus grand pied. Avec un format de verre plus petit pour les cafés.

Avec une production actuelle de 1800 hectolitres (l’équivalent de 540.000 bouteilles de 33cl), la Brasserie de Marsinne vient de dépasser son seuil de rentabilité et d’engager un premier stagiaire. Les installations permettent une capacité de production de 4000 hl qui pourrait être rapidement atteinte. Bien diffusée déjà dans les cafés de Namur, Liège et Bruxelles, la Léopold 7 est désormais disponible au Cora ou au Match, mais aussi dans les Deli Traiteurs et les Louis Delhaize (2,99€).

La Brasserie de Marsinne fera partie de la Route de la Bière qui sera lancée dans quelques semaines, nous y reviendrons.

Marc Vanel