L’agroforesterie, compagne bénéfique pour nos champs

A l’instar de l’AWAF, une autre ASBL promeut l’agroforesterie. Cette technique intègre les essences ligneuses dans l’espace agricole.

Journaliste de la cellule wallonne Temps de lecture: 4 min

L’agroforesterie ? Un terme inconnu voici quelques années encore, même si des agriculteurs la pratiquent de façon marginale chez nous, surtout en Flandre. En octobre 2012, des passionnés, dont Olivier Baudry, ont créé l’Association pour l’agroforesterie en Wallonie et à Bruxelles (AWAF).

Un lent lobbying a commencé pour être (re)connu. Depuis quelques années, de nouvelles parcelles agricoles deviennent agroforestières. Des projets naissent à Huy, Charleroi, Bastogne, Manhay. Mais cette technique reste trop peu connue.

Alors, outre le travail de sensibilisation effectué par l’AWAF, l’ASBL Ressources naturelles Développement a voulu soutenir la démarche, elle qui vante les mérites du bois et de la pierre. L’objectif est de sensibiliser les communes, qui seront des vitrines concrètes, pour que des agriculteurs prennent dans la foulée le tracteur en marche.

Via le projet européen « L’arbre en champs », Libin a adhéré à la démarche en offrant deux hectares. « Nous avions une prairie de fauche située près du terrain de motocross, que nous n’avons pas souhaité mettre en location, explique la bourgmestre Anne Laffut. Chaque année, nous vendons l’herbe sur pied à des agriculteurs. On a décidé de lancer cette prairie en agroforesterie. Chacun pourra donc voir s’il y a une évolution positive. Cette parcelle pilote sera plantée tout prochainement selon un plan élaboré avec RND, tout en permettant bien sûr de toujours la faucher. Il faudra évidemment jongler un peu plus… On y trouvera quatre rangées d’arbres avec des mélèzes, des noyers, des chênes : 56 arbres au total. Mais il y aura aussi des peupliers, des bouleaux. »

Evidemment, les arbres ne seront pas exploitables à court terme, mais il y aura aussi des arbrisseaux qui pourront être transformés à plus court terme pour la chaufferie communale. « Jusqu’ici, nous achetons des plaquettes sèches pour l’alimenter, mais nous allons au printemps construire une plate-forme pour les produire nous-mêmes. Nous sommes une vraie commune forestière et nous nous devons de montrer l’exemple ! »

Tout est bénéfique pour le sol

« L’agroforesterie, un bon plant pour les communes ». C’est sous ce slogan que l’ASBL Ressources Naturelles Développement, sise à Saint-Hubert, au cœur des forêts ardennaises, a sensibilisé les élus lors du dernier Salon des Mandataires, à Marche.

L’agroforesterie n’est pas encore très connue chez nous, mais elle commence à intéresser, à se développer. En France, cette pratique entre agriculture et sylviculture a des racines plus solides. En Wallonie, l’ASBL RND souhaite insuffler ce dynamisme à venir via les communes pour sensibiliser ensuite les agriculteurs, souvent très sceptiques à l’idée de réimplanter des arbres sur leurs terres. Ils sont plutôt encore enclins à raser de près toute haie et arbuste... D’autres, malgré tout minoritaires, savent l’apport que les haies peuvent apporter à la diversité et au potentiel productif de leurs prairies et de leurs champs. Mais l’agroforesterie, c’est encore autre chose. Et les conclusions tirées de 20 ans d’expérience en France sont intéressantes.

« L’agroforesterie n’est pas une technique de boisement de terres agricoles, souligne Pierre Warzée, attaché en agroforesterie au sein de l’ASBL RND. Elle consiste à mélanger sur une même parcelle des productions agricoles classiques et des productions ligneuses, que ce soit des arbres hautes tiges, des arbustes et des haies. Ce n’est pas une technique nouvelle née de chercheurs utopistes, puisqu’on en retrouve des traces concrètes dans la littérature médiévale et qu’elle a été pratiquée durant des siècles en Europe. Mais avec l’avènement de la pratique agricole intensive, tout ce qui n’était pas “agricolement” productif a disparu de nos paysages, notamment dans les grandes plaines céréalières et betteravières.  Or, c’est précisément là, dans ces régions de grande culture, que l’agroforesterie aura le plus fort potentiel car elle permettra de répondre aux nombreux problèmes liés aux pratiques intensives. Il reste par contre quelques traces de ces paysages agroforestiers dans le pays de Herve. »

Non sans revers. Avec la disparition, parfois l’éradication du moindre végétal ligneux, l’agriculture moderne a entraîné de sérieux problèmes. L’agroforesterie permet de lutter contre l’érosion des sols, contre des inondations, elle favorise la biodiversité, arbres et haies étant des paradis pour insectes, oiseaux et petits mammifères qui luttent contre les « nuisibles ». Arbres et haies sont aussi d’excellents éléments de lutte contre le vent et contre les rayons piquants du soleil. Ensuite, elle enraye la diminution de la matière organique dans le sol, puisque les feuilles permettent en hiver d’engraisser ce sol naturellement, sans qu’il y ait apport extérieur d’engrais. Enfin, pour les communes comme pour les agriculteurs, ces arbres et ces haies peuvent apporter un complément bienvenu en bois, que ce soit pour du bois d’œuvre à long terme, ou du bois de chauffage à plus court terme.

Bien évidemment, l’agroforesterie doit se faire en parfaite synergie avec la pratique agricole et les engins modernes de travail.

 

Le fil info

La Une Tous

Voir tout le Fil info
La UneLe fil info

Allez au-delà de l'actualité

Découvrez tous les changements

Découvrir

À la Une