Le Magritte du premier film a-t-il été manipulé?

Rififi autour du Magritte du premier film ! Le seul des 21 trophées du cinéma belge à être désigné par le public, via un vote sur internet. Le producteur de Marbie star de Couillu les 2 églises conteste les résultats et convoque la presse ce matin à Charleroi pour dénoncer une fraude ainsi qu’un délit d’initié, en la personne d’André Logie, producteur du film lauréat, Je te survivrai, et frère de Philippe Logie, directeur de BeTv, chaîne qui transmet en direct la cérémonie des Magritte. Une requête unilatérale a été dressée à l’encontre de l’Académie André Delvaux, le juge du tribunal de première instance de Charleroi justifiant l’absolue nécessité de mettre toutes les données à l’abri de toute falsification ou disparition.

Nous avons contacté Patrick Quinet, cofondateur de l’Académie André Delvaux et coprésident des Magritte. Il nous a confirmé le passage d’un huissier, nous a montré l’ordonnance. L’affaire est dans les mains des avocats. Il précise : « Nous n’avons rien à cacher. Il n’y a pas de délit d’initié. André Logie avait sa campagne prête début janvier mais le 7 janvier, il y eut les attentats de Charlie Hebdo. On n’envoie pas des mails en disant “votez pour mon film” quand on est sous le choc d’un tel événement. On attend, ce qu’a fait André. Si on a prolongé le temps de votes de dix jours, c’est à la demande de centres culturels diffusant les films.  »

Dominique Dubuisson, de Big Bang Prod, a refusé de s’exprimer sur l’affaire, nous renvoyant à la conférence de presse mais il nous a quand même affirmé que sa démarche n’était « en aucun cas animée par la jalousie. Nous faisons cela par souci d’honnêteté intellectuelle car il existe un flou autour du vote depuis le début. C’est le seul Magritte dont les votes ne sont pas secrets, or l’Académie Delvaux a refusé de nous livrer les chiffres ». Et d’envoyer un huissier au siège de l’Académie pour saisie immédiate de toutes les données informatiques relatives aux votes émis par le public, soit les listings des votes, les adresses IP du votant, les heures et dates d’envoi du vote, les listings permettant le contrôle des résultats.

L’équipe de Marbie, produit par crowdfunding (354.500 euros), tablait sur son succès populaire, 8.500 entrées. Les résultats des votes du public (qui peut voter pour trois films) n’ont pas été dans ce sens. Je te survivrai a récolté 2.709 voix (dont 1.696 de préférence), Marbie 1.716 voix (dont 1.309 de préférence) et Le vertige des possibles 1.748 voix (dont 915 de préférence).

Patrick Quinet précise encore : « Nous avons constaté que plus de 200 votes provenaient d’une même et unique adresse IP au profit de “Marbie star”. Donc le vote à outrance que Dubuisson dénonce, il l’a pratiqué et s’est retrouvé face à quelqu’un de plus performant que lui. On se rend compte que le Magritte du premier film échappe à sa fonction initiale : être le vote du public. C’est devenu le combat entre deux lobbyings. » Ce constat, Vivian Goffette, également en lice pour le Prix du public avec Yam dam, le fait aussi. Lui qui a réalisé son film à l’arrache avec un micro-budget de 130.000 euros nous a affirmé : « Ce prix tel qu’il est n’a pas de valeur ! C’est le prix du meilleur carnet d’adresses ou du meilleur réseau social. Je ne vois pas le mal partout. Je n’ai pas de suspicion. Mais l’Académie doit revoir le fonctionnement de ce prix. »

Patrick Quinet en est bien conscient. Il tire des leçons. Une grande réflexion sur le prix du public est nécessaire. Faire valider tout vote par huissier est indispensable. Mais il se félicite du fait que « toute cette affaire prouve que les Magritte représentent bien quelque chose !   »