Triche ou pas triche aux Magritte?

Polémique autour du Magritte du premier film, la suite. Comme nous vous l’expliquions dans nos éditions de vendredi, la production de Marbie star conteste le prix du public décerné le 7 février dernier lors de la cérémonie des Magritte à Je te survivrai.

Pour la production du film carolo réalisé grâce au crowdfunding, les règles du jeu n’auraient pas été respectées. Ainsi, la durée du concours a été rallongée sans raison apparente (le vote devait courir jusqu’au 15 janvier mais les votes sont restés ouverts dix jours de plus). À cela s’ajouterait une mauvaise communication de la part de l’Académie. Elle n’a, par exemple, pas annoncé clairement la date de début du vote.

Mais la principale cause de contestation concerne la transmission des résultats détaillés des votes à deux collaboratrices de l’Académie André Delvaux à la mi-janvier, soit une dizaine de jours avant la fin du concours. Philippe Logie, directeur de BeTv, est membre de cette Académie mais également frère d’André Logie, producteur de Je te survivrai, film lauréat de ce fameux Magritte du premier film. Un film qui a entamé une remontée fulgurante dans les derniers jours de votes pour coiffer au poteau Marbie, qui courait largement en tête depuis le départ.

« Au vu des chiffres, il est clair qu’André Logie a été prévenu que son film était à la traîne, explique Me Derzelle, avocat de Marbie Star. Et les autres participants n’ont, eux, pas été informés. »

Pour Patrick Quinet, vice-président de l’Académie André Delvaux, il n’y a rien d’anormal dans le fait que les résultats aient été communiqués à deux collaboratrices de l’Académie. « Nous procédons comme ça depuis cinq ans. Ça ne nous paraissait pas « dangereux »… Mais cette plainte nous fait prendre conscience que nous ne sommes plus la petite entreprise sympa de nos débuts et que nous sommes devenus une institution. » Le vote a lui été prolongé de dix jours « à la demande de centres culturels diffusant les films. »

Quant au manque d’information dénoncé par Marbie Star, Patrick Quinet dément formellement : « Tout le monde a été informé de la même manière. Nous n’avons envoyé de mail personnel à aucun producteur. La communication en ce qui concerne l’ouverture du concours s’est faite via Facebook et Cinevox. Tout le monde a été logé à la même enseigne. »

Des résultats « manipulés »

Malgré cela, la production de Marbie persiste et signe. « On ne peut pas admettre que l’on manipule les résultats, explique Me Derzelle. Ce prix ne doit pas être celui d’un lobby. Nous demandons à l’Académie de respecter les règles de départ. » En clair, la production de Marbie Star exige que Je te survivrai soit disqualifié et que l’Académie s’en tienne aux résultats du 15 janvier, soit la date initiale de clôture des votes. En l’absence de réaction de la part de l’Académie, une procédure au civil sera engagée.

« Cette action n’est en aucun cas le reflet d’une quelconque jalousie, insiste Dominique Dubuisson, producteur du film carolo. Pour nous les Magritte sont très importants et doivent continuer d’exister. C’était juste assez ironique de se retrouver aux Magritte, dans un milieu qui n’avait pas voulu de nous (le film a eu beaucoup de mal à être financé, surtout par les circuits traditionnels, NDLR). Nous ne sommes pas là par la volonté du système mais par la volonté du public. »

« Il faut du respect pour tous, explique, quant à elle, Dominique Smets, réalisatrice. Je ne peux pas me permettre de dire à mon public, qui s’est énormément investi, que son vote n’a pas d’importance. Il faut être honnête et donner au public ce qui lui appartient. Ce qui s’est passé n’est pas normal et le public demande une réponse. »

Face à cette polémique, André Logie est « atterré et attristé d’apprendre qu’on remet en cause la légitimité du prix reçu par Je te survivrai. Nous pouvons comprendre la frustration de Monsieur Dubuisson mais nous ne pouvons accepter les accusations qui en résultent. »

Sylvestre Sbille, réalisateur du film, va dans le même sens : «  Je trouve ça très dommage. Ça montre surtout une certaine naïveté par rapport aux procédés de communication par internet. Il y a eu tout un réseau autour de notre film. Dire qu’il y a eu falsification est de la pure calomnie. Je comprends très bien leur frustration mais nous avons investi énormément de temps pendant les quinze derniers jours de votes pour que les gens se mobilisent. Ce n’est pas la peine de rentrer dans un délire comme celui-là. Ils se trompent de cible. »

Panache production et Sylvestre Sbille estiment par ailleurs qu’il est « indispensable de revoir le mode d’attribution du prix du premier film ». Un point sur lequel tout le monde semble s’accorder, y compris au sein de l’Académie.

Sur le même sujet
Politique