Le travail photo sur Charleroi conserve son prix World Press

Un subtil glissement de sens entre image et texte.

Chef adjoint au service Culture Temps de lecture: 3 min

Le comité du World Press Photo a confirmé le prix attribué au photographe italien Giovanni Troilo pour son travail réalisé à Charleroi et intitulé Le cœur noir de l’Europe. La semaine passée, Paul Magnette, bourgmestre de la ville, avait demandé au jury « d’examiner la possibilité de retirer le prix attribué à M. Troilo » arguant du fait que ses photographies présentaient une « sérieuse déformation de la réalité qui porte préjudice à la ville de Charleroi et à ses habitants, ainsi qu’à la profession de photojournaliste ».

Justifiant la confirmation du prix, le World Press communique : « Le jury ne voit aucune raison de mettre en doute l’intégrité du photographe dans l’exercice de son travail. Aucun fait trompeur n’a été découvert dans les légendes des photos. »

Giovanni Troilo a remporté le premier prix d’une des huit catégories du World Press : « Sujets contemporains ». Un intitulé auquel le travail de ce photographe, surtout actif dans la mode et la publicité, correspond sans doute. Tout, dans cette affaire, est question de nuances.

On le comprend mieux en allant sur le site du World Press Photo et en découvrant, outre les images, les légendes de celles-ci. Ainsi, pour l’image ci-dessus, on découvre la légende suivante : « Philippe vit dans un des quartiers les plus dangereux de la ville ». Et en dessous, le petit texte qui revient avec chacune des images : « Charleroi, une ville proche de Bruxelles, a connu l’effondrement de son industrie, la hausse du chômage, une immigration en constante augmentation et une explosion de la petite criminalité. Les routes, autrefois fraîches et soignées, apparaissent aujourd’hui désolées et abandonnées, les industries ferment et la végétation envahit les anciens districts industriels. »

Un portrait pour le moins négatif qui revient sous chaque photo, leur donnant un sens qu’elles n’ont absolument pas. Contacté, Philippe Genion, figure bien connue du monde du rock, de la littérature et de la vie culturelle en général, explique : « J’ai été contacté par ce photographe qui m’a expliqué qu’il voulait réaliser une série de portraits à la manière des tableaux anciens. Il accordait une importance particulière à la lumière et à la mise en scène. Il m’a demandé de poser torse nu, ce qui ne me pose aucun problème. Je trouve d’ailleurs la photographie très belle. Par contre, si on sort cette photo de ce contexte et qu’on l’associe à une idée d’« obésité névrotique » causée par le chômage, on est totalement hors sujet. »

Un détournement du sens

Et c’est bien là que le bât blesse. « Aucun fait trompeur n’a été découvert dans les légendes », certifie le World Press. Sans doute mais les omissions sont nombreuses. Il suffit de comparer les légendes originales où le photographe explique à plusieurs reprises que les gens photographiés ont posé, voire joué la comédie pour lui, et les légendes finales qui, associées au texte récurrent sur le déclin de la ville, suggèrent un sens totalement différent.

Un exemple : l’image d’une vieille dame, le visage collé sur une table. Légende pour le World Press : « Une femme dans un asile psychiatrique. » Et en dessous le texte sur Charleroi, suggérant un lien de cause à effet. Légende originale : « Ma grand-mère vit dans un asile. Aujourd’hui, sa fille, ma tante, y réside aussi. Le propriétaire est très gentil, tout le personnel semble très fier de l’hospitalité de cette structure qui prend soin des aînés et des gens ayant des problèmes psychiatriques. La femme penchant sa tête sur la table est l’amie de ma tante. » Pas vraiment la même histoire.

 

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