Le World Press Photo retire son prix à Giovanni Troilo pour son travail sur Charleroi

Finalement, la décision est tombée. Dans un communiqué diffusé, le World Press Photo a annoncé avoir retiré le prix attribué au photographe italien Giovanni Troilo, dans la catégorie « Sujets Contemporains » qui avait suscité la vive réaction du bourgmestre de Charleroi Paul Magnette. Le jury a expliqué avoir pris cette décision suite à de nouvelles informations qui lui sont parvenues montrant qu’une image au moins n’avait pas été réalisée à Charleroi.

Peu après l’annonce des prix 2015, diverses voix s’étaient élevées pour protester contre l’attribution du premier prix, dans la catégorie « Sujets contemporains », à Giovanni Troilo pour un ensemble d’une dizaine d’images présentées sous le titre « La ville noire – The Dark Heart of Europe ». La ville noire en question n’était autre que Charleroi que le photographe italien connaît bien pour y avoir séjourné à plusieurs reprises chez des membres de sa famille. L’image qu’il en montrait était toutefois pour le moins glauque et semblait surtout résulter de plusieurs mises en scène.

La semaine dernière, le bourgmestre de Charleroi, Paul Magnette, adressait une lettre aux organisateurs du World Press Photo pour leur demander de reconsidérer l’attribution du prix, évoquant « le caractère falsifié et mensonger des légendes, le travestissement de la réalité, la construction d’images chocs mises en scène par le photographe, malhonnêtes et qui trahissent les bases de l’éthique journalistique ».

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Certains voulaient y voir un acte de censure de la part d’un homme politique chatouilleux sur l’honneur de sa ville. Pourtant, un rapide passage sur le site du World Press Photo et plus encore sur le site personnel du photographe permettait de comprendre que ce dernier n’avait pas hésité à transformer ses légendes pour faire entrer son sujet dans une catégorie journalistique à laquelle il n’appartenait clairement pas.

Il expliquait lui-même sur son site que certaines de ses images étaient mises en scène. Philippe Genion, une des personnes ayant posé à sa demande, nous expliquait que le photographe lui avait parlé d’une « série de portraits dans l’esprit des maîtres de la peinture ancienne ».

Depuis, de nombreuses voix de photographes, en Belgique mais aussi à travers le monde, s’étaient élevées pour dénoncer cette pratique de la mise en scène. Dimanche, le World Press persistait pourtant, annonçant avoir mené son enquête et n’avoir rien trouvé à redire au travail primé. Il complétait sa décision par un texte pour le moins confus dans lequel, en gros, il expliquait tolérer les mises en scène pour autant qu’elles correspondent à des faits réels ! Aussitôt, les réactions fusaient de partout fustigeant une décision absurde.

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Il aura toutefois fallu un fait nouveau, encore plus énorme, pour que le World Press se décide enfin à changer d’avis. Le comité organisateur a en effet reçu de nouvelles informations concernant une des images où l’on voit un peintre mettre en scène un groupe de personnages dénudés. La photo, a-t-on appris, n’avait pas été prise à Charleroi… mais à Molenbeek. Le photographe lui-même, joint par téléphone et mail, a confirmé la chose. Plutôt gonflé alors que sa légende associait clairement l’image à Charleroi et à sa prétendue dégradation des mœurs. Cette fois, il s’agissait bel et bien d’une falsification de la réalité et le prix lui a donc été retiré.

Lars Boering, directeur du World Press Photo, s’est même fendu d’un commentaire pour expliquer qu’au-delà de l’affaire Troilo, « il est clair que le débat autour de la définition de la photographie de presse, le photojournalisme et la photographie documentaire est nécessaire ». En conséquence, le World Press explique, mais un peu tard, vouloir utiliser cette expérience malheureuse pour faire progresser le débat et organiser une vraie discussion de fond sur l’intégrité de l’image à l’occasion des Awards Day à Amsterdam, ainsi qu’un débat sur l’éthique de la profession, durant la même période, à la fin avril. On peut supposer que Paul Magnette et Giovanni Troilo y seront invités.