L’aluminium sur le banc des accusés

Il y a quelque 125 ans, débutait l’ère de l’aluminium. Jusque-là coincé dans les soubassements terrestres, le troisième élément le plus abondant de la croûte (8 %) se retrouve alors excavé par millions de tonnes pour finalement envahir notre quotidien. Du casse-croûte à la lasagne, en passant par l’eau potable et les cosmétiques : il est partout et s’accumule lentement dans le corps.

Longtemps vu comme inoffensif tant pour l’humain que la nature, l’aluminium est désormais au banc des accusés potentiels pour expliquer des pathologies contemporaines.

La 11e édition du Keele Meeting vient de se tenir à Lille avec le gratin scientifique mondial travaillant sur sa toxicité. Au gré de leurs recherches, ils suggèrent que certaines suspicions se mueraient peu à peu en certitudes.

Régulièrement, pour expliquer certains cancers du sein, les déodorants anti-transpirants sont pointés du doigt. En effet, pour empêcher la sueur de sortir du corps, ils bloquent les pores des glandes sudoripares des aisselles à l’aide de sels d’aluminium.

« Le lien causal n’est pas encore prouvé. Cela n’empêche, on retrouve bel et bien de l’aluminium dans les tissus mammaires (tumoraux des femmes utilisant ces déodorants, NDLR). De plus, il est démontré que l’aluminium peut jouer un rôle dans le processus de métastases, lequel voit les cellules tumorales mammaires migrer vers d’autres parties du corps », explique le Pr  Christopher Exley, biochimiste (Université de Keele, Angleterre) et reconnu comme étant l’expert mondial de la toxicité de l’aluminium.

Quant au Pr Alfred Bernard, toxicologue à l ’UCL, il est d’un autre avis. « L’aluminium n’est ni cancérigène, ni génotoxique. C’est juste du marketing basé sur la peur : on vend plus cher un déodorant dénué d’aluminium ».

Par contre, concernant le cerveau, l’avis est unanime : l’aluminium est un puissant neurotoxique.

« C’est la principale toxicité prouvée chez l’homme. Des études ont montré que les démences observées chez des patients en hémodialyse étaient dues à l’accumulation d’aluminium dans leur sang et leur cerveau, explique le Pr Bernard. Les personnes en insuffisance rénale sont clairement les plus à risque face à l’aluminium. »

La fertilité aussi concernée

En outre, l’aluminium pourrait jouer un rôle non négligeable dans la maladie d’Alzheimer. « La suspicion causale est beaucoup plus forte qu’avec le cancer du sein, indique le Pr Exley. Nous savons que si l’aluminium est présent dans une zone cérébrale où la maladie d’Alzheimer est en cours, il peut favoriser s a survenue en augmentant la sévérité et la précocité des symptômes  ». Selon le Pr Bernard, il y a bien une association entre le métal et Alzheimer. « En Australie, il a été montré que des malades d’Alzheimer avaient été exposés chroniquement au métal en buvant quotidiennement de l’eau potable traitée par floculation à l’aluminium  ». En tout cas, le lien entre exposition chronique au métal et maladie d’Alzheimer est clairement dans l’air du temps puisque près de 50 % des présentations faites au cours du Keele Meeting s’y sont intéressées directement ou indirectement.

L’aluminium se mêlerait même de la fertilité humaine.

Globalement, la qualité du sperme est en berne. Et le métal n’y serait pas étranger. L’équipe du Pr Michèle Cottier (Université de Saint-Etienne, France) a montré, analyses cytologiques à l’appui, que l’aluminium va se loger au cœur même des spermatozoïdes. Alors que la teneur moyenne en aluminium dans la semence de 62 donneurs de spermes était déjà haute (339 µg/L), elle l’était davantage chez ceux atteints d’oligospermie. L’alu, on n’a pas fini d’en parler.