Le profond malaise des fonctionnaires

La mise à la diète de l’administration menace son fonctionnement. Les organisations syndicales se mobilisent pour la manifestation du 19 mars.

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En cinq ans, l’opération de dégraissage de la Fonction publique entamée sous le gouvernement d’Yves Leterme, porte ses fruits. Les effectifs de l’administration fédérale fondent comme neige au soleil. Pour les responsables syndicaux, cette mise à la diète menace le fonctionnement même des services aux citoyens. Le 19 mars prochain, les syndicats des services publics appellent à une manifestation de leurs militants sur la Place de la Monnaie à Bruxelles. Vendredi après-midi, les leaders des trois syndicats étaient invités à une réunion avec les chefs de cabinet du Premier ministre et des ministres des Pensions, de la Fonction publique et du Budget.

1 Les faits . Les agents de l’Etat étaient encore 150.000 agents de l’Etat en 1999. Ils ne sont plus que 133.600 aujourd’hui, soit une baisse de plus de 10 %. Ce sont les derniers chiffres publiés cette semaine par De Tijd qui ne font que confirmer la tendance des derniers mois. Comme on le découvre dans le tableau ci-contre, c’est la plus grosse administration du pays, celle des Finances, qui, après la Défense et la Régie des Bâtiments (une réduction de plus d’un tiers des effectifs) est la plus lourde victime des restrictions budgétaires et du non-remplacement des fonctionnaires partant à la retraite. Elle a perdu plus de 4.500 emplois. Le secteur Finances de l’UNSP – l’Union nationale des services publics – sonne le tocsin, expliquant pourquoi, en réduisant les moyens d’action des agents à peau de chagrin, la majorité se tire une balle dans le pied (lire par ailleurs). A l’exception de la Justice, aucun Département n’est épargné.

2Les revendications. Le 27 janvier dernier, les trois organisations syndicales envoient un courrier à Charles Michel, regrettant l’absence de tout dialogue social entre les autorités et l’administration. Dans ce courrier, ils font part de leurs inquiétudes sur une série de dossiers : pensions, saut d’index, recul de l’âge de la retraite et mesures de compression de personnel. « L’austérité mise en place par le fédéral, la rigueur instaurée par le gouvernement wallon et la « bonne gestion » prônée par le gouvernement flamand auront les mêmes conséquences : un fonctionnaire sur cinq sera remplacé, les budgets seront réduits, les investissements rognés, certains services publics fusionnés. Cette fois, nous sommes à l’os et on se demande comment nous allons encore parvenir à faire tourner les services. » s’inquiète Michel Meyer, président du syndicat socialiste (CGSP) des services publics.

Les trois syndicats demandent la création d’un organe équivalent au « Groupe des Dix », celui des partenaires sociaux instauré dans le secteur privé : « Nous voulons exercer notre rôle d’interlocuteur social, dans le cadre d’une vraie concertation. Le gouvernement a mis le turbo sur certains dossiers. En comité A, (l’organe de concertation entre les employeurs publics et les fonctionnaires NDLR) l’espace de négociation est très réduit. On a aussi réalisé que, dans les rangs des experts du gouvernement, nous avions face à nous des jeunes inexpérimentés en matière de concertation sociale. » s’inquiète Michel Meyer.

3 Le dialogue de sourds. La réunion de vendredi entre les leaders syndicaux et les quatre chefs de cabinet des ministres compétents a tourné court.

Alphonse Vanderhaege, le vice président de la CSC secteur public, est sorti écœuré d’un échange qu’il qualifie d’inutile. « Honteux. Nous avons reçu une note d’orientation bourrée de platitudes sur leurs objectifs. Une note rédigée uniquement en néerlandais qui rappelle la volonté et l’objectif de changement. Mais qui ne répond à aucune de nos demandes. Rien sur le saut d’index dont la suppression amputerait la seule petite correction salariale dont les agents pourraient bénéficier. Rien sur les pensions. Rien sur un réaménagement des dépenses. On a appris que le gouvernement avait provisionné quelques millions d’euros en cas de dépenses imprévues, dans le cadre des mesures de sécurité contre le terrorisme. Et pas un mot sur le dialogue social. Voilà trois mois qu’il nous balade. A quelques jours du contrôle budgétaire, personne n’y voit clair. »

Autant dire que la manifestation des fonctionnaires prévue ce 19 mars sera d’autant plus suivie par des agents en quête de dialogue et de réponses à leurs inquiétudes.

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