Daesh fait table rase à coups de bulldozer

Une cité antique fondée il y a 3.300 ans attaquée au bulldozer… L’« Etat islamique » s’en est à nouveau pris au patrimoine irakien. C’est le huitième site saccagé par Daesh.

Journaliste au service Société Temps de lecture: 3 min

Après le marteau-piqueur, le bulldozer… Les djihadistes de Daesh (l’acronyme arabe du groupe « Etat islamique ») ne lésinent pas sur les moyens pour arriver à leurs fins, à savoir détruire tout un pan du patrimoine irakien…

La semaine dernière, ils s’en sont pris au musée de Mossoul. A coups de masse et de marteau-piqueur, ils ont détruit ou endommagé une petite centaine de statues et de bas-reliefs assyriens, datant de plusieurs millénaires. Ensuite, ils se sont rendus à la bibliothèque de la ville, où ils ont mis le feu à une partie de la collection. Plus de 8.000 manuscrits anciens sont partis en fumée…

Ce jeudi, c’est avec un bulldozer que les djihadistes de Daesh seraient rentrés sur le site archéologique de Nimroud, situé à une trentaine de kilomètres au sud de Mossoul, dans les territoires qu’ils contrôlent depuis l’été dernier. L’information a été confirmée par le ministère irakien du Tourisme, mais jusqu’à présent impossible de mettre la main sur une photo ou une vidéo de l’attaque contre Nimroud. « On ignore encore l’étendue des destructions », a simplement déclaré un responsable irakien à l’AFP, sous couvert d’anonymat.

« Une architecture spectaculaire »

Ce nouveau coup dur porté au patrimoine irakien est le huitième du genre. En tout, huit sites et monuments ont été massacrés depuis juillet 2014 par le groupe « Etat islamique ». Mais Nimroud n’est pas n’importe quel site archéologique… C’est l’un des plus importants d’Irak (le pays en regorge : il y en aurait 12.000, dont 1.800 dans les zones contrôlées par Daesh). Nimroud date du 13e siècle avant l’ère chrétienne et, depuis que les fouilles ont commencé en 1988, ce sont des centaines de bijoux, de décorations, de plaquettes d’ivoire et de pierres précieuses qui ont été sorties de terre. « Nimroud, comme d’autres villes assyriennes, est une ville fondée par un roi qui voulait s’immortaliser en construisant une capitale. De tous ces trésors, il ne reste plus grand-chose aujourd’hui sur place. Tout est dans des musées. Par contre, il reste des témoignages de l’architecture spectaculaire de la ville : des palais, des temples, des statues monumentales comme des taureaux ailés à visage humain qui gardaient les portes de la ville », décrit Eric Guble, le conservateur en chef aux Musées Royaux d’Art et d’Histoire, qui a participé à des fouilles en Syrie notamment.

Après l’annonce de la destruction de Nimroud (en partie ? Totalement ? A ce stade, personne ne sait), l’Unesco a déclaré que « cette nouvelle attaque contre le peuple irakien rappelle que le nettoyage culturel qui sévit en Irak n’épargne rien ni personne : il vise les vies humaines, les minorités et s’accompagne de la destruction systématique du patrimoine millénaire de l’humanité ». Le site de Nimroud n’est pas classé au patrimoine mondial de l’Unesco, il est seulement candidat pour le devenir. Mais l’Unesco protège un maximum de sites culturels, qu’ils portent ou non le label.

Les protéger contre la destruction, mais aussi contre les pillages par des trafiquants qui revendent les pièces volées à l’étranger. Selon plusieurs experts, ce serait notamment l’objectif de Daesh, au-delà de la volonté d’effacer toute trace des civilisations préislamiques, considérées comme impures… « Mais vous pensez bien qu’aucun musée ne va acheter des pièces assyriennes en ce moment, sachant que le danger existe qu’elles viennent de l’un de ces pillages », ajoute Eric Guble.

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