Aider le jeune radicalisé: le pari danois intrigue

Le principe des Danois : tendre la main au jeune pour le réintégrer à la société. Aux plus sceptiques, les convaincus opposent les chiffres.

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Pour entrer dans Gellerup, il faut laisser sa voiture à l’extérieur. Car généralement, on ne s’arrête pas dans ce qui est connu au Danemark comme le quartier le plus défavorisé du Royaume. On ne le traverse même pas, car aucune route ne passe au milieu de ces parallélépipèdes gris, ornés de centaines de paraboles.

Cela ne sera plus le cas d’ici un à deux ans. Gellerup, dans l’ouest d’Aarhus, est un immense chantier à ciel ouvert. Les autorités de la ville ont compris qu’ils ne pouvaient laisser ce quartier livré à lui-même, coupé du monde, dans une précarité sans équivalent : 55 % de la population y est au chômage, contre une moyenne de 18 % pour le reste d’Aarhus. 350 millions ont été débloqués pour que Gellerup devienne un lieu attractif, où les Danois viendraient au restaurant, se promener dans un vaste parc, et dont les habitants n’auraient plus envie de partir dès qu’ils obtiennent un bon job.

C’est avec un même œil étonné, dubitatif ou enthousiaste, que l’on peut considérer le programme de déradicalisation mis en place par la deuxième ville danoise, que suivent d’ailleurs plusieurs jeunes de Gellerup. Un programme, élaboré dès 2007, auquel s’intéressent aujourd’hui de nombreux pays. A Aarhus, on a considéré que les jeunes en phase de radicalisation avaient peut-être besoin d’aide, au même titre que ceux qui rentrent de Syrie. Qu’à partir du moment où on ne peut leur imputer aucun crime, faute de preuves souvent en ce qui concerne les « returnees », il valait mieux les accompagner, les aider à se réintégrer dans la société plutôt que de les isoler ou les laisser courir dans la nature.

Le programme se base sur une très grande interdisciplinarité. Tous les services sont intégrés : police, services sociaux (des travailleurs de rue aux aides à l’emploi ou au logement), psychologue, prisons, hôpitaux, réseaux de parents…

En quoi consiste alors l’approche « soft » mise en place par la ville ? Quelque 150 ateliers de conscientisation ont été organisés sur ce sujet dans les écoles et 90 présentations au public. Ensuite, les travailleurs sociaux sont susceptibles d’identifier certains jeunes à risque, soit en phase de radicalisation, soit rentrés de Syrie. Toutes les informations passent alors par une « InfoHouse », sorte de centrale qui relie tous les services. Lorsque la police a assez d’informations, elle convoque le jeune pour une interview.

« Nous discutons avec eux, explique Allan Aarslev, l’un des policiers en charge du programme, pour savoir dans quelle situation ils sont, s’ils ont besoin d’aide ». Une approche qui implique de la confiance : « C’était difficile au début, mais nous avons fait le pari d’être honnête : ok, si tu as commis certains actes, tu seras poursuivi. Mais si nous n’avons pas de preuves, ou que ce n’est pas le cas, on peut aussi t’aider ! » Des jeunes qui ont été aidés et sont retournés dans leur quartier ont aussi contribué à développer cette relation de confiance.

Enfin, sur base volontaire, les jeunes peuvent alors décider de s’inscrire dans un programme de déradicalisation, de « sortie ». Les « mentors » en constituent l’élément charnière. Il s’agit de citoyens d’Aarhus qui ne sont ni des représentants de tel ou tel service, ni des psychologues, mais ont pour rôle d’accompagner un jeune en l’aidant à se réintégrer dans la société.

Le modèle ne fait pas forcément l’unanimité tant chez les citoyens que les politiques danois. Et ce, particulièrement, lorsque la ville d’Aarhus a décidé de dialoguer avec la mosquée salafiste qu’ont fréquentée 22 des 39 jeunes partis combattre.

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