Un Luxembourg encore plus mousseux

Elles n’étaient plus que trois au début des années 80 (Orval, Maire à Meix-dvt-Virton et Gigi à Gérouville), elles sont dix-sept aujourd’hui ! Sans parler des trois brasseries à façon qui utilisent des installations de brasseries existantes en Luxembourg. Et sans parler de projets de construction qui avancent à leur rythme technico-administratif.

Loin derrière le Hainaut, la reine des provinces wallonnes avec une trentaine de brasseries, le Luxembourg est largement la deuxième province brassicole wallonne mais la première en regard de sa population. Bien sûr, l’exportation reste une issue indispensable pour les brasseurs qui veulent vivre et grandir. Pour certains (Rulles, 3 Fourquets (Lupulus, Chouffe), elle représente plus de la moitié de la production. Près de 120 personnes vivent directement du secteur brassicole, avec Achouffe, Orval, Trois Fourquets et Rulles en leaders.

Mais il y a encore de la place. En tout cas une forte envie. Deux gros projets avec de lourds investissements fermentent à Bouillon et Ebly. Un de moindre importance à Libramont.

En attendant, la petite dernière, la brasserie d’Oster, est née en Haute Ardenne, dans ce hameau de Manhay. Deux bières y sont brassées avec une maturité qualitative certaine pour un projet qui n’a pourtant concrètement que trois mois de vie. Mais la fermentation cérébrale avait été plus longue pour nourrir ce rêve brassicole…

Eric Fery et Christelle Moureau se sont sans doute rencontrés autour d’une bière. Originaire du pays de Liège, il a travaillé durant près de vingt ans à la laiterie de Dison qu’il a quittée pour cause de délocalisation. Après quelques boulots de-ci de-là, et avec son background dans le secteur alimentaire, il a intégré le secteur production d’une brasserie bien connue. Christelle a aussi travaillé dans cette brasserie, à différents postes. C’est dire s’il y avait quelques germes brassicoles en eux. A leur projet de brasserie, leur métier de brasseur-tavernier full-time, ils y songent depuis 4-5 ans. Ils ont d’abord cherché une maison qui avait un peu de volume pour permettre d’accueillir un tel projet. Une ancienne ferme d’Oster fut l’étincelle en 2010. L’eau y est de qualité (Oster signifie « le petit ruisseau qui vient de la forêt) et le lieu permet d’envisager si besoin quelques extensions. D’emblée, le couple songe au duo brasserie-taverne.

Après avoir restauré une partie de la ferme, place au matériel de laiterie récupéré chez un oncle agriculteur. Il fera office de cuve d’empâtage, de filtration, d’ébullition, pour des brassins finaux de 300 litres. Le matériel de fermentation et de soutirage est acheté. Le premier essai est effectué dans une grosse casserole, le 1er mai 2012. Puis de 15 litres, le duo passe à 50 litres. Vient alors l’étape grandeur nature. C’était en décembre dernier, après la naissance d’un autre bébé, un vrai celui-là !

Aujourd’hui, la brasserie d’Oster propose deux bières. L’« Oster Blonde », plutôt ambrée clair, issues de trois sortes de malt d’orge, trois houblons et une pointe de cardamome. L’usage du sucre y est minimaliste, le tout pour une bière de 7,2 % alc/vol, ronde en bouche et avec une fine amertume.

Sa sœur est la « Dark Oster ». Plus complexe. « C’était celle que l’on voulait au départ, note Christelle. Mais commencer par une noire peut rebuter certains. Alors, on propose le duo. » La Dark, pur malt, est brassée avec pas moins de six sortes de malt d’orge, un peu d’avoine, et quatre houblons, dont du houblon utilisé à froid, selon la technique du dry hopping si chère à Orval, précurseur. Une bière façon stout mais avec une amertume raisonnable et de beaux arômes de café en arrière-bouche.

Eric Fery brasse trois fois par mois, mais envisage d’investir déjà dans une nouvelle cuve de fermentation pour doubler la production qui pourrait alors atteindre les 600 hl l’an. Car le duo songe déjà à deux autres bières.

Blonde et Dark peuvent être achetées dans des magasins spécialisés ou dégustées sur place, dans cette taverne-brasserie ouverte du mardi au samedi, de 13 à 18h sauf le vendredi, jusqu’à 1 heure. Et déjà, Christelle Moureau envisage d’y ajouter de la petite restauration, car elle possède un accès à la profession via un diplôme en boulangerie-pâtisserie. Tout fait farine à bonne brasseuse !

www.brasserieoster.be