Naissent-elles femme ou leur force-t-on la main?

Au fond, qu’est-ce qu’être une femme? Vaste question.

Chef du service Forum Temps de lecture: 3 min

« O n ne naît pas femme, on le devient. » La célèbre phrase qui ouvre le tome II du Deuxième Sexe, l’essai monumental de Simone de Beauvoir publié en 1949, n’en finit pas de faire des vagues. La philosophe existentialiste soutenait que la société (masculine) « formatait » les filles dès leur plus jeune âge et attendait d’elles qu’elles réalisent leur condition, faite toute de cérémonie.

Six décennies plus tard, l’idée selon laquelle le masculin et le féminin ne sont que construction et peuvent dès lors être déconstruits, qu’il n’y a plus de sexes mais rien que des genres, a fait son chemin. D’un essentialisme intégral à un historicisme radical. Du patriarcat à la fameuse « théorie du genre », qui a fait couler tant d’encre chez nos voisins français – certains laissant entendre que l’école républicaine visait désormais à transformer les garçons en filles et les filles en garçons…

Aux confins de l’histoire, de l’anthropologie, de la sociologie, de la psychologie ou de la psychanalyse, les « gender studies » (« études de genre ») sont apparues aux États-Unis dans les années 60, en parallèle du développement du féminisme. L’objectif : étudier la manière dont la société s’y prenait, de manière consciente ou impensée, pour que la distribution des rôles selon chaque sexe se perpétue, sans véritable remise en question. Pourquoi les hommes ne font-ils pas volontiers la lessive ? Pourquoi si peu d’hommes sages-femmes ou de femmes garagistes ? Il y a des raisons « morpho-biologiques » et des raisons culturelles ; l’objectif des « gender studies » était de faire la part des choses, de distinguer le « genre » – la construction sociale (les filles aiment jouer à la poupée, les garçons aiment jouer avec des petites autos) – du « sexe » physique.

Des femmes diverses

Au fond, qu’est-ce qu’être une femme ? Vaste question. Dans un ouvrage publié en 2013, Femmes entre sexe et genre (Seuil), la sociologue française Sylviane Agacinski s’est penchée sur la signification de cette catégorie. Selon elle, les femmes sont diverses mais forment des ensembles dans lesquels se combinent à la fois une condition biologique et des relations sociales et culturelles – raison pour laquelle on parle de « sexe social », ou de « genre ». Pour Sylviane Agacinski, la différence sexuelle, la distinction entre hommes et femmes, sont relatives à la sexuation, et concernent la sexualité et la procréation. Dans ces domaines, les deux sexes ne sont naturellement pas équivalents ni interchangeables : même si l’on ne désire pas nécessairement une personne de « l’autre sexe », les relations sexuelles entre deux hommes, entre deux femmes, ou entre un homme et une femme, ne sont pas similaires. En revanche, dans les autres domaines, les deux sexes appartiennent au genre humain. « Ce qui fait problème, ce n’est pas la distinction des deux, ce sont les hiérarchies, explique la sociologue. Le plus important, dans les rapports humains en général, c’est le respect de la singularité de chacun, de sa liberté et de sa dignité. »

Dans ce contexte, le 8 mars est l’occasion de rappeler que la liberté, la dignité et l’égalité des sexes sont d’être acquises dans le monde. En Europe même, l’égalité, si elle a beaucoup progressé, n’est pas complètement instaurée. Et la crise qui s’éternise n’a rien arrangé, comme on peut le lire tout au long de ce supplément. « Dans nos sociétés, conclut Sylviane Agacinski, le problème est moins celui de l’acquisition des droits que celui de leur application. »

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