Une expédition pour étudier la pollution des mers par le plastique

La fondation suisse « Race for water » lance dimanche à Bordeaux une expédition pour explorer pendant 300 jours la « plus grande poubelle du monde ».

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A l’origine de ce projet, un entrepreneur vaudois de 50 ans, Marco Simeoni, ingénieur dans les télécommunications devenu passionné de voile. En 2010, parallèlement à la création d’une société de construction de trimarans de course, il fonde «  Race for water », organisation dédiée à la préservation des ressources en eau de la planète.

« La pollution des océans par les plastiques est un désastre total », se désole l’entrepreneur et chef de l’expédition. « Nous devons rapidement trouver des solutions durables de collecte et de valorisation », mais pour cela « il faut bien comprendre le problème », insiste-t-il.

Selon les initiateurs du projet, 25 millions de tonnes de plastique sont déversées chaque année dans les océans, soit 10 % de la production mondiale. Des déchets provenant à 80 % d’activités terrestres et 20 % d’activités maritimes, avec des conséquences dramatiques sur les écosystèmes marins.

Les sept membres d’équipage – dont le navigateur suisse Stève Ravussin, vainqueur de la Route du Rhum en 1998 et skipper de la traversée – s’élanceront à bord du « MOD70 Race for water », trimaran de 21 mètres, pour un tour du monde d’environ 300 jours, avec un retour à Bordeaux prévu mi-décembre.

Au cours de l’expédition, le trimaran prévoit de traverser cinq vortex, ces immenses zones océaniques où des centaines de millions de tonnes de détritus s’accumulent en raison des courants et de la force centripète qui les aspire lentement.

En ligne de mire, les îles situées dans ces zones, qui agissent le plus souvent comme des barrages naturels et constituent un terrain d’étude propice pour évaluer non seulement les types de déchets présents dans les eaux environnantes, mais aussi leur volume et éventuellement leur origine géographique.

Pollution diffuse

« Ces vortex de déchets ne sont pas des amas compacts de détritus, comme on le croit trop souvent », explique Frédéric Sciacca, conseiller scientifique de l’expédition. « C’est une pollution diffuse, avec des macrodéchets et surtout des microdéchets (moins de 5 millimètres) très préoccupants », dont il faut encore déterminer les « impacts chimiques et sur la chaîne alimentaire », détaille-t-il.

Onze étapes scientifiques sont prévues : les Açores et les Bermudes dans l’Atlantique Nord ; l’île de Pâques, les îles Marianne et différents atolls dans le Pacifique ; les Chagos et l’île de Rodrigues dans l’océan Indien, et enfin l’archipel de Tristan da Cunha dans l’Atlantique Sud.

A chaque escale, des portions de plage feront l’objet de ratissages systématiques et des échantillons de sable seront prélevés afin d’isoler les différentes microparticules, en vue de leur analyse par un laboratoire de la prestigieuse Ecole polytechnique fédérale de Lausanne (EPFL), partenaire du projet.

D’autres données, recueillies au moyen de drones embarqués à bord, seront envoyées pour étude aux universités américaines de Duke (Caroline du Nord) et de l’Etat de l’Oregon. La fondation espère ainsi dresser une cartographie haute définition des nappes de déchets, quasiment indétectables par satellites.

Parallèlement au volet scientifique, l’équipage prévoit aussi neuf escales de sensibilisation, dont une à New York le 9 avril où l’initiative sera présentée au siège des Nations Unies. «  Nous présenterons alors la deuxième phase du projet, avec des pistes sur la mise en place de solutions », explique Marco Simeoni qui espère obtenir les premières données scientifiques mi-2016.

Pour cette étude au plus près de la « plus grande poubelle du monde », l’entrepreneur a déboursé 2,6 millions d’euros sur ses fonds propres car, reconnaît-il, c’est « très difficile » de mobiliser des sponsors « sur un sujet aussi sensible ».

En 2013 et 2014, une expédition scientifique baptisée « 7e continent », à l’initiative du navigateur français Patrick Deixonne, était déjà partie explorer les nappes de déchets dans le Pacifique et dans l’Atlantique Nord. Les résultats des analyses scientifiques ne sont pas encore connus.

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