Luxembourg: projet d’un «dictionnaire excentrique»

Défendre ses belgicismes au-delà de l’aspect lexical, c’est-à-dire dans ses expressions imagées, voilà le nouveau pari que lance la Province de Luxembourg, sa bibliothèque provinciale, d’autres partenaires et le duo Jean-Paul Vasset / Michel Francard, toujours aussi assidu à jouer avec les mots. Le premier est Français et travaille en Belgique, et aime repérer nos spécificités, des « cabanes à vaches » à nos expressions langagières ! Le second a déjà œuvré à maintes reprises pour défendre nos dialectes et nos belgicismes, avec la publication de divers dictionnaires.

Ce mardi, le député provincial Patrick Adam a lancé à Arlon cette nouvelle initiative qui concerne aussi le grand public, devant plus de 200 élèves. Et de leur montrer divers ouvrages dont « Chasse aux belgicismes ». « Celui-là, je vous le déconseille. C’est sinon une horreur, du moins une erreur, une ânerie… Il était pourtant distribué dans les écoles, dans les années 70. Le rejet était tel que le mot belgicisme a même fini par prendre une charge particulière… Il désigne les particularités du français en usage en Belgique, comme helvétisme et québécisme désignent les particularités du français en Suisse et au Québec. Mais si helvétisme et québécisme sont neutres, belgicisme, lui, a eu longtemps une connotation négative. Heureusement, Michel Francard est venu remettre les pendules à l’heure. Dans le « Dictionnaire des belgicismes », le professeur décrit notre lexique particulier avec la rigueur propre à sa discipline qu’est la linguistique et propre à ces ouvrages que sont les dictionnaires. Sans marquer, évidemment, la moindre condamnation des termes présentés. Et ça a marché au point que le terme belgicisme est redevenu normal. Il se retrouve maintenant logé à la même enseigne que ses voisins de la francophonie. »

Mais voilà, il manquait à ce panel des expressions imagées bien belges, le pendant de ce que Claude Duneton et Sylvie Claval avaient publié en France avec « Le Bouquet des expressions imagées ». C’est justement ce que propose ce projet : recenser ces expressions typiquement belges. On parle d’expressions ou de locutions imagées, mais aussi de « tours », même si c’est moins expressif. « Il en existe une volée mais on ne sait pas toujours qu’elles nous sont spécifiques, c’est ce que la langue a de plus populaire. C’est même de la poésie populaire. Si le proverbe est la sagesse des nations, l’expression imagée, elle, est sa poésie. Sans prétention, mais plein de charme », commente Jean-Paul Vasset.Et pour donner le ton, le duo en a répertorié nonante (parce que nonante, c’est belge !), reprises sur le site internet de la Province, via l’onglet « Dictionnaire excentrique ». Certaines sont tombées dans l’oubli en France, mais sont toujours bien vertes en Belgique.

C’est là que pourra intervenir le public, pour commenter ces expressions, pour les exemplifier, pour trouver des citations d’auteurs belges qui les ont un jour utilisées. Et puis, le public pourra aussi ajouter d’autres expressions comme « être sur la pelle du fossoyeur » dénichée par Michel Bourlet, qui signifie être au bout du rouleau, moribond.

En fonction de ce qui sera récolté et ajouté, il en sortira peut-être une publication. Mais tout ce travail sera valorisé, fin d’année. Et Patrick Adam de citer Jean-Marie Klinkenberg : « Se soucier de la langue est plus qu’une chose naturelle pour un État démocratique : c’est un devoir. »