La Tunisie saigne, elle a besoin de notre solidarité

Le sentiment d’un immense gâchis. Et d’une poignante impuissance. Voilà ce qu’inspire le drame qui s’est joué ce 18 mars dans l’enceinte du musée du Bardo, à Tunis, à quelques mètres des locaux du Parlement tunisien. Un attentat terroriste. Des assaillants qui tirent pour tuer un maximum de gens. Plus de vingt tués dont une grande majorité de touristes. Un bilan provisoire terrible pour l’attentat le plus meurtrier de l’histoire du pays. Terrible de sens, terrible de conséquences.

La Tunisie cultivait la juste réputation d’être le seul pays arabe à avoir traversé sans trop de dommages les convulsions des « printemps arabes » de 2011 – le premier eut d’ailleurs lieu sur son sol même. Certes, il y avait eu quelque 250 martyrs de cette révolution qui mit fin à deux dictatures qui s’étaient succédé depuis l’indépendance de 1956. Certes, deux assassinats politiques revendiqués par la mouvance djihadiste avaient assombri l’année 2012 et des attaques venues de l’un ou l’autre maquis djihadistes avaient tué plusieurs dizaines de policiers et de gendarmes.

Mais le pays, sa population, avait surmonté ces épreuves ardues. Du moins le croyait-on. L’espérait-on. D’autant que la société civile avait réussi, en 2014, à pousser les membres de la Constituante à s’entendre sur la formulation d’une nouvelle Constitution, admirable modèle de compromis à la tunisienne.

L’attaque de ce mercredi vient bouleverser le relatif optimisme qu’on pouvait entretenir pour l’avenir de ce pays et de ses habitants. Elle vient rappeler à ceux qui auraient pu en minimiser l’importance que la Tunisie était en même temps le pays le plus démocratique du monde arabe et aussi… celui d’où provient le plus grand nombre de dijhadistes qui ont joint les rangs du sinistre « Etat islamique » en Syrie et en Irak. Et, de source tunisienne officielle, on savait que 500 djihadistes tunisiens seraient rentrés du Proche-Orient.

Démocratie et djihadisme sur la même terre. Incroyable paradoxe.

Cette nouvelle épreuve sera difficile à surmonter. Les touristes risquent fort de déserter le pays. Ils constituent l’une des principales ressources du pays. Plus que jamais, la Tunisie, les Tunisiens, ont besoin de notre solidarité. Pas seulement en mots.

Laissons la conclusion à la valeureuse Karima Souid, élue députée après l’élection de l’assemblée constituante, entre 2011 et 2014, qui s’est exprimée sur son compte Facebook : « On va s’en sortir. Les forces obscurantistes ne gagneront pas de terrain. La transition démocratique est en marche. La Tunisie tient à sa fragile démocratie, à sa Constitution et à son Etat de droit. Unis et solidaires. Ce n’est pas le moment de flancher ! »