L’économie systémique – solution à la crise?

Hier, lors d’une promenade avec mon fils de 11 ans, il me demande : « Dis Papa, c’est quoi la solution à la crise ? ». Je la redoutais celle-là. Mais quoi de plus justifié, depuis 6 ans qu’il entend ce mot en boucle. Voici ma réponse.

Pour passer de l’économie de croissance de nos parents – poussée par l’endettement – à celle de nos enfants, poussée par le progrès humain, il va falloir faire 3 grands écarts… et parfois ça fait mal.

Le premier grand écart, c’est que le moteur de l’économie doit passer du désir égoïste d’accumuler pour soi-même, vers un désir de contribuer au progrès collectif. Sa réponse d’emblée « mais Papa, l’humain est la pire espèce, comment ce sera possible ? » Probablement ce sera par obligation de survie, ou au mieux, parce qu’ils se rendront compte que c’est beaucoup plus motivant. Toutes les études montrent que les seules choses qui procurent épanouissement et bonheur, c’est de contribuer… ce sont les seules choses que les mourants se souviennent, ou pire, qu’ils regrettent de ne pas avoir faites assez.

Deuxième grand écart, c’est d’être capable de mesurer et de créer de la valeur à plusieurs niveaux, plutôt qu’uniquement au niveau financier. La vraie valeur de l’arbre n’est pas seulement son tronc, mais aussi sa place dans la forêt, ses fruits, sa valeur ajoutée de diversité. Dans l’économie aussi, c’est la même chose. La valeur d’une entreprise n’est pas uniquement son bilan financier, mais la valeur qu’elle crée avec et pour les gens. Valeur émotionnelle, motivation, passion ; valeur de connaissance, savoirs, technologies ; valeur de processus, circulaire, efficacité ; valeur de communication et de rencontre, réseaux, communautés ; valeur pour la terre, recyclage, compensation de notre impact. Chaque niveau de valeur a un bilan : du + et du. Des « actifs », ressources, et des « passifs », besoins. Le passif c’est du potentiel, comme un aspirateur de création de valeur, et les actifs ce sont des ressources à valoriser. « Mais l’humain ne pense qu’au fric… » me dit-il. Oui, on a tellement été obsédés par le fric qu’on ne voit plus rien d’autre, comme le cheval avec ses œillères. Alors que la valeur et les ressources sont partout. Intuitivement, on sait que c’est l’impalpable qui porte réellement l’entreprise, et la vie en général. « Ta dernière chemise n’a pas de poches hein Papa… »

Troisième grand écart : dans l’économie ancienne, on a toujours essayé d’acheter le moins cher possible, pour vendre le plus cher possible, pour accumuler un max de fric. Dans la tienne, nous allons travailler de façon collaborative, avec tous les acteurs de ton environnement, en faisant du « plug-and-play » entre ressources et besoins. Comme dans cette forêt, on va créer des liens entre ce grand arbre, et les insectes, oiseaux, autres arbres et végétations, humains, le vent, la terre et les racines… et ainsi, se plugger sur des ressources illimitées pour créer une vie grandissante. Un arbre tout seul en forêt ne peut pas vivre. Il meurt. C’est ce qui se passe pour l’instant avec les entreprises et organisations qui sont fermées au monde qui les entoure. Il me rétorque « Mais les humains ont peur de tout et de tout le monde… comment vont-ils bien pouvoir collaborer ? » Parce qu’ils vont se rendre compte que c’est beaucoup plus efficace. On pourra donc nous ouvrir à cette abondance, qui nous a en fait jamais quitté. Mais d’abord, sortir de cette « hypocrisie organisée » des apparences, du faux, du mensonge de la dépendance. Nous sommes tous intimement reliés.

« Mais donc Papa, la crise, c’est pas grave alors, c’est un monde auquel je veux bien participer ! » Oui, le plus important à comprendre c’est qu’une crise, c’est la mort de quelque chose, et que c’est le début de quelque chose de nettement mieux, la naissance d’un monde tout nouveau.

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