La construction en bois s’attaque à la taille XXL

Le chalet au bord de la Semois, c’est du passé. La construction en bois a gagné du terrain en Belgique. Le salon Bois & Habitat en fera l’éloge à Namur.

Journaliste en charge du Soir Immo Temps de lecture: 6 min

Le bois chante cocorico. Au moment où s’ouvre à Namur le 17e salon Bois & Habitat (qui a dit « déjà ? »…), la construction réservée à ce matériau dont on ne cessera jamais de vanter l’extrême chaleur qu’il dégage voit ses chiffres sans cesse progresser.

En dix ans, en effet, la part de marché de la construction bois avoisine les 10 %. En clair, cela veut dire que 15 à 20 % des nouvelles constructions mises en chantier chaque année en Belgique sont en bois et essentiellement à ossature bois.

Il y a quinze ans, rien ne se construisait en bois dans notre beau pays. Aujourd’hui, chez Hout Info Bois, une des organisations qui chapeautent le secteur, on frissonne de plaisir à l’idée que plus de 2.000 constructions en bois sortent de terre chaque année.

Pourtant, tandis qu’il aide au montage du stand de la filière bois à Namur Expo, une visseuse dans une main et un paquet de vis dans l’autre, Hugues Frère, le patron de Hout Info Bois, tient à préciser ceci : « Ce sont des chiffres encourageants, bien sûr, mais ceux qui concernent les maisons individuelles ont tendance à stagner depuis deux ou trois ans. La raison est simple : les entreprises ont aujourd’hui élargi leur panel d’activités. Elles construisent des écoles, des halls culturels, voire des bâtiments à plusieurs étages et ce, à la campagne ou en ville. C’est grâce à cela que le bois se porte très bien. »

Les maisons individuelles ont-elles de quoi inquiéter le secteur ? « Pas vraiment, poursuit Hugues Frère. Dans ce domaine, nous sommes sans doute arrivés à une saturation au niveau des entreprises sauf si, comme ce qui se passe en Flandre, elles deviennent des entreprises bois à part entière. Le bois évoluerait alors davantage vers du clé-sur-porte et du sur-mesure, mais le risque serait alors de stéréotyper l’architecture et cela, la Wallonie n’est pas prête à l’accepter. Ni les clients ni les architectes ! »

Pas de formation en bois

Une chose doit toutefois être signalée. Les bâtiments en bois ont beau devenir plus grands, il n’existe toujours aucun cours sur la construction en bois dans le cursus des architectes ou des ingénieurs civils. Seules des formations post-universitaires existent, ce qui veut dire que la démarche doit venir de l’élève lui-même. « Nous avons pourtant et la matière et les enseignants mais c’est la volonté politique qui fait défaut, regrette Hugues Frère. Or, la Belgique doit répondre à court et à long terme à des objectifs environnementaux. Pour les remplir, l’utilisation de produits durables s’impose. Or, le bois est on ne peut plus durable… »

On précisera à ce sujet que l’énergie nécessaire à la production de bois d’œuvre est six à neuf fois inférieure que pour produire des briques, et vingt fois moindre que pour la production du béton. Lorsqu’on analyse les matériaux depuis leur production jusqu’à leur destruction et leur recyclage, le bois, qu’il soit utilisé en structure ou en menuiserie, arrive systématiquement premier de classe.

En Amérique du Nord, deux millions de maisons en bois sont édifiées chaque année. En Scandinavie, c’est carrément 90 % des maisons construites qui le sont en bois. Des chiffres qui font rêver Hugues Frère même si l’homme mesure avec précision tout le chemin parcouru ces dernières années. « Lorsque j’ai pris la direction de Hout Info Bois, on me prenait pour un débile (sic !), se souvient-il en riant. Je me souviens aussi des premiers Bois & Habitat : les gens nous insultaient presque car ils disaient que le bois belge était de très mauvaise qualité et qu’il n’y avait pratiquement aucune entreprise capable de construire en bois. Les gens venaient au salon comme on regarde un grand prix de F1 à la télé : ils attendaient le crash ! Aujourd’hui, beaucoup de chemin a été parcouru puisqu’on peut même se permettre de construire des bâtiments de taille exceptionnelle. »

Pour sa 17e édition, Bois & Habitat verra donc une fois encore défiler beaucoup de visiteurs dans les allées de Namur Expo. Et comme ces dernières années, les questions sont toujours plus pointues et techniques. « C’est incroyable car lorsqu’on parle du béton, personne ne s’interroge sur la qualité du bloc qu’il utilisera pour construire sa maison. Lorsqu’il s’agit du bois, en revanche, les gens veulent tout savoir, sa provenance, sa qualité… », conclut Hugues Frère, sa visseuse toujours fermement plantée dans la main droite.

Des immeubles à plusieurs étages en bois arriveront peut-être bientôt dans le plat pays. En fait, il en existe déjà mais leur hauteur ne dépasse pas deux ou trois étages. Une question de temps uniquement.

Des qualités qui se ramassent à la pelle

Ce n’est sans doute pas un hasard si Artexis a choisi pour thème du salon cette année les élévations et les extensions d’habitations. En termes de rénovation, le bois convient il est vrai à la perfection et ce, pour plusieurs raisons.

Son poids tout d’abord. Léger, il est parfait dans le cas de rehausses d’habitations. Pour cette même raison, il peut être facilement transporté sur les lieux d’un chantier pour être ensuite assemblé sur place. La préfabrication en atelier de la quasi-totalité des éléments de construction est également un atout dont il faut tenir compte. Sans oublier, last but not least, les qualités thermiques et esthétiques du bois, un matériau qui peut être combiné avec à peu près tout. Si les architectes l’adorent, c’est qu’il y a forcément une raison.

Le bois est aujourd’hui également utilisé pour la couverture de bâtiments dont le squelette est en béton. Les murs extérieurs sont alors recouverts de panneaux en bois. Cette technique permet d’allier les propriétés structurelles du béton aux performances du bois.

En construction neuve, le bois permet de réduire considérablement la durée des travaux. Car on monte beaucoup plus vite une maison à ossature bois qu’une maison traditionnelle puisque tous les panneaux sont réalisés en atelier et ne doivent plus qu’être montés sur place.

Moins d’émissions de CO2

On l’a dit et on le répète : le bois dégage une chaleur que l’on peut presque palper. Marchez pieds nus sur un sol en carrelage ou sur un sol en bois et vous aurez compris.

Que ceux qui croient que construire en bois, c’est inévitablement déboiser les forêts de la terre entière, lisent ceci : utiliser le bois en construction contribue à ralentir les émissions de CO2 dans l’atmosphère. En effet, lorsque le bois provenant d’un arbre arrivé à maturité est utilisé, le CO2 stocké lors de la croissance de l’arbre est immobilisé et ne participe plus à l’effet de serre. Et puisque chaque arbre abattu doit normalement être remplacé par une jeune pousse…

On ajoutera qu’à moins de vouloir à tout prix construire son nouveau nid avec de l’épicéa du Canada ou du sapin de Douglas, lesquels devront immanquablement traverser l’Atlantique avant d’atterrir sur votre chantier, la majorité des forêts d’Europe recèlent d’essences qui conviennent parfaitement. Elles bénéficient en outre d’une exploitation et d’une gestion durables avec les labels de circonstance.

Enfin, on signalera que les entreprises de construction utilisent un ou plusieurs des quatre systèmes constructifs principaux : l’ossature en bois, le bois massif empilé, le poteau-poutre, le panneau massif (ou CLT, pour Cross Laminated Timber), qui peut être collé ou cloué.

Le fil info

La Une Tous

Voir tout le Fil info
La UneLe fil info

Allez au-delà de l'actualité

Découvrez tous les changements

Découvrir

À la Une