Le RDV CEO: François Fornieri (Mithra), «oui, nous faisons tout pour entrer en Bourse cette année»

La petite spin-off de l’université de Liège, mise sur pied en 1999, est devenue depuis leader belge de la contraception féminine. Mais le co-fondateur de Mithra, François Fornieri voit grand, toujours plus grand, lorsqu’il s’agit de sa société. L’homme est fait de passion, parfois moins de précision. En se confiant au Soir, il en profite donc pour clarifier la situation sur ses ambitions mondiales, les nouveaux arrivants au capital de Mithra, la probable entrée en Bourse de cette dernière et ses amitiés controversées. Car ce Liégeois, supporter du Standard depuis toujours, en a assez d’occuper le terrain médiatique pour des affaires plus polémiques, voire juridiques qu’économiques !

La structure de Mithra n’est pas des plus simples. Finalement, qui détient la société ?

La structure se simplifie aujourd’hui puisque nous avons des nouveaux entrants au capital, dont Marc Coucke qui assurera le financement de notre futur produit fort. L’actionnariat est donc composé de moi-même, fondateur et actionnaire majoritaire, de Marc Coucke, bien sûr, qui devient notre deuxième actionnaire et de MeuseInvest (société liégeoise de financement) qui détient un peu moins de 20%. Mais rien n’est encore figé.

Pas toujours facile non plus de savoir combien de personnes vous employez et d’évaluer la taille de votre bilan ?

En Belgique aujourd’hui, Mithra réalise un chiffre d’affaires d’environ 22 millions d’euros. Au Pays-Bas, de quelque 2 millions. Nos activités en France, en Allemagne, au Brésil n’en sont qu’au démarrage, il est donc difficile de donner un chiffre. Il y a un peu plus de 80 collaborateurs chez Mithra. Mais notre nouvelle plate-forme de développement et de production qui est actuellement en construction à Flémalle va nécessiter la création de postes supplémentaires. Nous allons recruter une vingtaine de personnes dès cette année. Nous serons normalement près de 200 fin 2016. Et si nos projets se concrétisent, nous serons plus de 500 employés chez Mithra fin 2020 !

Cet enthousiasme est-il lié à votre fameuse pilule Estelle ?

Bien sûr ! La molécule Estetrol à la base de cette pilule contraceptive est un œstrogène naturel. C’est une révolution dans le monde de la contraception féminine. Nous tenons là un potentiel blockbuster. Actuellement, nous en sommes à la phase 3 du développement du produit. Ce qui veut que l’Estelle va être testée sur 3.500 femmes. Si tout se passe comme prévu, elle sera produite à Flémalle et commercialisée en 2019. La molécule pourrait de plus toucher d’autres domaines thérapeutiques.

Avez-vous les reins suffisamment solides pour commercialiser ce produit que vous jugez « révolutionnaire » ?

Maintenant oui. Grâce à l’arrivée de Marc Coucke au capital  ! GSK, UCB, Solvay, toutes ces sociétés sont devenues des multinationales via un produit fort. Mithra a de grandes chances d’être le numéro un mondial de la santé de la femme avec Estelle.

Vous aviez parlé de 100 millions nécessaires, Coucke n’en a investi que 40 et l’homme d’affaire ostendais Versluys, 7...

Nous voulons compléter notre portefeuille de développement et installer notre réseau partout dans le monde. C’est pourquoi nous visons plusieurs acquisitions, des projets en lien direct avec la gynécologie ou qui touchent à l’une de nos sphères thérapeutiques. Cela coûte beaucoup d’argent. Nous sommes aujourd’hui dominants en matière de contraception et de fertilité avec 45,1 % de parts de marché belges. Loin devant des concurrents comme Bayer ou Pfizer. Mais nous voulons étoffer notre gamme de produits.

On parlait beaucoup d’une entrée en Bourse l’année passée. Toujours d’actualité ?

Nous sommes clairement dans l’optique d’une entrée en Bourse. J’ai envie que Mithra fasse partie du monde des sociétés cotées. Concernant le capital à lever, nous pensons à 20 ou 25% mais rien n’est encore définitif. Niveau timing, nous espérons pouvoir le faire encore cette année, mais tout dépend des conditions de marché.

Et votre actuel développement à l’international  ? Au Brésil, notamment, cela ne s’est pas très bien passé...

Non, au Brésil, tout se passe très bien ! Il y a eu une presse un peu négative mais basée sur une diffamation. Le Brésil ne pouvait être opérationnel d’entrée de jeu! Installer une structure dans un pays lointain où législation et habitudes diffèrent fortement, cela prend du temps. Nous démarrerons nos activités d’ici la fin de l’année ou début 2016 avec des produits OTC, soit en vente libre. Et puis nous lancerons une batterie de génériques innovants. C’est ce que les autorités brésiliennes souhaitent, leur marché étant actuellement envahi de produits indiens ou chinois de mauvaise qualité avec des effets secondaires évidents.

Il faut être prudent avec les chiffres lorsque l’on a l’ambition d’aller en Bourse, mais nous visons à terme une croissance à deux chiffres pour ses activités.