Présidentielle Ecolo: la toute grande foule

Ce dimanche, réunis à Louvain-la-Neuve, les verts doivent élire ceux qui les dirigeront ces quatre prochaines années. Ils doivent choisir entre la paire Zakia Khattabi/Patrick Dupriez et le duo Chloé Deltour/Christos Doulkeridis.

Ecolo fait salle comble. Un 2e auditoire à dû être ouvert pour les militants qui seraient au moins 1.000.

Un match serré

Le match sera (peut-être) plus serré que prédit au départ.

Créée très vite, la paire Khattabi/Dupriez partait avec un avantage – l’avantage d’une équipe bien préparée et qui a eu le temps de susciter des adhésions, de convaincre. Monté en dernière minute (la semaine avant la fin de l’appel à candidatures…), le duo Deltour/Doulkeridis a donné l’impression de se mettre en lice « juste pour provoquer le débat » et gratifier le parti de l’honneur d’une compétition démocratique.

Le duo Deltour/Doulkeridis a marqué des points au fil du temps. Pendant sept semaines, les équipes ont rencontré les régionales. La fraîcheur énergique de la jeune Delcourt et le bagout du madré Doulkeridis (c’est un vieux de la vieille) ont fait mouche et peu à peu équilibré le pronostic. Celui-ci reste favorable au duo Khattabi/Dupriez (c’est un tandem solide, qui ne manque pas d’atouts) mais l’assemblée générale de dimanche pourrait réserver des surprises.

Un scénario catastrophe

Comment ça fonctionne ?

Pour l’emporter, l’équipe gagnante doit recueillir la majorité des suffrages (51 % des voix des militants présents à l’AG). Mais les abstentions sont comptées. Un scénario redouté : aucune des équipes n’obtient la majorité. Dans ce cas, l’équipe qui a obtenu le meilleur score au premier tour fait l’objet d’un second vote. Si elle n’obtient pas la majorité, c’est fini. L’AG en reste là. On relance un appel aux candidatures et on reprend tout à zéro.

C’est le scénario catastrophe.

Ira-t-on jusque-là ? Non, sans doute. Mais il est évoqué et c’est révélateur. Révélateur d’une campagne sans accroc, feutrée, trop lisse. Beaucoup de militants ont déjà fait leur choix. Beaucoup d’autres n’y arrivent pas. Sur le fond, les équipes se valent et les discours sont très concordants. Alors ? « Ça va se jouer sur les personnalités. »

Là, il y a du bon et du moins bon dans les deux options.

Khattabi et Dupriez ne sont pas tombés du nid (ils sont ou ont été parlementaires) et, avantage précieux, ils ont une forte expérience du milieu associatif – c’est un atout, à l’heure où le parti espère tant renouer les liens avec le monde extérieur.

« Si quelque chose peut distinguer Zakia et Patrick de l’autre équipe, c’est juste qu’ils veulent un peu plus de rouge, un peu plus de vert. » En un mot : ils incarnent une ligne plus radicale, comme le préconise l’eurodéputé Philippe Lamberts, qui passe, sinon pour l’inspirateur, pour le maître à penser au moins, de l’équipe Khattabi/Dupriez.

L’autre duo incarne une ligne plus centrée, plus pragmatique – ex-secrétaire d’Etat, Doulkeredis est parlementaire depuis longtemps et maîtrise le jeu politique. Mais cette expérience le sert autant qu’elle le handicape. Il n’incarne pas le renouveau. On le qualifie de « politique professionnel » et il symbolise le « on arrondit les angles » qui a si bien abîmé le parti quand il était au pouvoir. Sa force : c’est… sa partenaire Deltour. « Une puncheuse, l’air de rien ! » Une goulée d’air frais et dont le tempérament, rond et amical, peut rassurer l’interne.

Alors ? C’est 50-50, au fond.

On verra.

Quoi qu’il advienne, ce scrutin se déroule dans un climat… paradoxal. Défait en mai, le parti est en réalité assez… optimiste.

Il s’accroche aux (bons) résultats des communales de 2012 (le parti a fait élire 78 bourgmestres, échevins et présidents de CPAS) pour se dire qu’Ecolo a enfin pris racine sur le terrain local et que c’est l’écologie de proximité qui finira par convaincre ces électeurs si volages. Au-delà, on invoque les (bons) scrutins de 1999, 2007 et 2012 pour juger que la norme est à 20 % et que les scrutins à 8 % (comme en 2014) relèvent de l’accident. Telle est la tendance chez les verts, touchés par le syndrome de la piscine – on a touché le fond et il est impossible de filer plus bas.

Cet optimisme est aussi fondé sur la certitude de défendre un projet à la fois unique et pertinent – le modèle productiviste s’est essoufflé et Ecolo, seul, lui propose une alternative.

Problème : cette alternative, forcément « bousculante », fait parfois peur.

Convaincre et, surtout, rassurer : tels seront les maîtres mots de ces prochaines années.