FC Bruges-Anderlecht, une finale de feu avant un final d’enfer

En préface d’un événement peut-être encore plus attendu que les playoffs eux-mêmes, au motif qu’ils risquent de sérieusement les conditionner, ce FC Bruges-Anderlecht cultive toutes les vertus. Sauf, bien évidemment, le regain d’appréhension de cette violence dont le spectre planera immanquablement dimanche, sur le plateau du Heysel. Du moins au vu des menaces proférées par les deux camps de supporters via les réseaux sociaux.

Mais cette finale de Coupe de Belgique, la 60e du nom, vaudra surtout par l’intensité du choc… sur le terrain. Entre le Club qui court désespérément derrière un trophée depuis l’ère Janevski, lequel lui avait ramené la Coupe en 2007, et un Sporting à qui l’épreuve se refuse depuis 2008, il y aura comme un parfum de guerre psychologique avant l’heure.

Quelle heure ? Celle à laquelle débuteront les playoffs pour les deux équipes, le lundi de Pâques.

1 Les antécédents : à peine deux Toppers en 59 finales de Coupe de Belgique. En 1977, pour ce qui constitua (en direct pour la première fois à la télévision) la finale la plus somptueuse de l’Histoire, le grand bonhomme du jour fut l’Anglais Roger Davies, dont le doublé fut par ailleurs le seul fait d’armes. Aujourd’hui âgé de 64 ans, cet ingénieur de chez… Rolls Royce s’en souvient forcément. « Avec ma taille (1,91m), Ernst Happel me disait que j’aurais mieux fait de jouer au basket. Mais je lui ai tout de même offert la victoire au point que notre manager Antoine Vanhove rebaptisa symboliquement notre trophée en… Coupe Davies ! » En face, Raymond Goethals fulminait clope au bec : après la perte du titre au bénéfice du FC Bruges et de la finale de la Coupe des Coupes contre Hambourg, le Sporting venait de planter définitivement sa saison en jouant encore les Poulidor, mais en finale de Coupe de Belgique cette fois.

Dix-sept ans plus tard, en 1994, Anderlecht prit sa revanche à… Sclessin, le Heysel étant en train d’être livré aux bétonneuses afin d’opérer sa mue en Stade Roi-Baudouin. Un 2-0 sans contestation possible alors que l’entraîneur Johan Boskamp était privé de Marc Degryse (suspendu) et de Pär Zetterberg (opéré et à peine monté au jeu pour 4 minutes). Là encore, à l’instar du Club de Bruges lors de la confrontation précédente, le vainqueur de la Coupe réalisa le doublé. Il n’en faut dès lors pas plus pour que certains y voient un signe pour l’édition 2015. L’Anderlechtois Olivier Deschacht est lui, plus péremptoire encore : « Celui qui gagnera dimanche sera champion ! » Et vlan pour le coup de pression !

2 Le contexte sportif : Pas de Vazquez mais bien Defour… et Praet. Blessés le même jour, à quelques heures d’intervalle lors de la 26e journée, les plaques tournantes du Club et du Sporting ont connu des fortunes diverses dans leur rééducation. L’Espagnol est de retour à l’entraînement mais sans perspective de rejouer avant trois semaines. L’international belge est, lui, opérationnel. Toutefois sans garantie d’être en état d’achever la finale, ses remplacements à répétition l’ayant prouvé jusqu’à il y a une semaine contre Gand. En revanche, fait plus étonnant, Besnik Hasi semble bien décidé à titulariser Dennis Praet malgré le scepticisme ambiant concernant son manque de rythme après dix semaines d’interruption et une mi-temps disputée dimanche dernier en championnat, le Soulier d’or est physiquement en ordre à 100 %. « Il manque évidemment de rythme, mais je peux difficilement le laisser sur le banc. »

3 L’ascendant psychologique versus la fraîcheur physique. «  Les Brugeois vont naturellement bénéficier de l’effet positif de leur qualification sur le plan mental », admet Hasi. Pour la confiance, c’est idéal pour oublier la fatigue, même en étant obligé de disputer un autre grand match trois jours plus tard. De leur côté, les Anderlechtois pourront avancer l’argument de la fraîcheur pour compenser le petit déficit de confiance s’inscrivant sur le mode de l’interrogation après leur défaite surprise du bouclage de la phase classique contre Gand. Cela reste du 50/50, clame-t-on en chœur, tant au parc Astrid que dans l’avion du retour d’Istanbul. « Comme toujours lorsque deux équipes se tiennent à ce point, cela se jouera sur des détails », prédit Michel Preud’homme.

4 Tactique inchangée de part et d’autre. « Je ne compte pas m’adapter à Bruges, prévient Besnik Hasi en s’appuyant sur son traditionnel 4-2-3-1 dont Mitrovic reste le joueur clé pour l’installation résolue dans le camp adverse. Nous ne sommes pas en Coupe d’Europe et ne le faisons d’ailleurs jamais en Belgique. Les deux partages en saison régulière (2-2 à chaque fois) m’incitent à rester fidèle à ce principe car nous aurions pu l’emporter à deux reprises. Une fois que le rythme s’accélère, nous pouvons apporter un petit quelque chose en plus. » L’entraîneur du Sporting vise-t-il à stigmatiser, même indirectement, les 38 ans de Timmy Simons qui incarne à la fois les lenteurs mais aussi l’expérience du triangle d’entrejeu brugeois (De fauw, Vormer) ? Un secteur clé du dispositif de Preud’homme dont le coaching, de très grande qualité cette saison dans les grands rendez-vous, devrait continuer à privilégier le système traditionnel, avec un attaquant de pointe (De Sutter en très grande forme puisqu’on lui laisse aligner les matchs) et un Refaelov (meilleur passeur du championnat avec 11 assists) dans un rôle hybride, mi-décalé sur la droite, mi-recentré lors de ses incursions.

5 La sécurité : 600 hooligans de part et d’autre, une vraie crainte ou un fantasme ? Les forces de l’ordre seront sur pied de guerre face à la menace de 300 supporters des noyaux durs de chaque camp. D’ordinaire, dans les matchs au sommet, elles ne doivent gérer qu’un millier de fans visiteurs dans les stades. Cette fois, le choc sera plus frontal avec 20.500 supporters anderlechtois (répartis dans les tribunes 3 et 4) faisant face à 20.300 fans brugeois (installés en tribunes 1 et 2). Près de 3.000 policiers seront de faction alors que l’Union belge, organisatrice de l’événement, a fait appel à 750 stewards (dont 125 du RSCA et 100 du Club). Objectif : éviter l’affrontement direct.