«Gaffe»: le carnet politique de Pierre Bouillon

L’Islande, ce n’est pas loin. Mais c’est un tout autre monde.

Il paraît que 62 % des Islandais croient en l’existence des elfes, des fées et des lutins. Cela fait sourire, comme ça, mais ceci complique méchamment la vie des… travaux publics.

En 2013, la construction d’une autoroute a été suspendue sous la pression des amis des elfes. Le problème, c’était une roche de 70 tonnes. Il fallait la déplacer pour dérouler l’autoroute. Mais le bloc de pierre avait été repéré comme une « église elfique ». Après des mois de polémique, le rocher a été poussé plus loin, sous la sourcilleuse surveillance des amis des lutins.

Le cas ne serait pas rare. Et il arrive souvent à l’autorité en charge des routes de retarder un projet pour laisser « aux elfes le temps de déménager ».

On rigole mais, ici aussi, nous subissons l’obscure pesanteur des forces de l’immobilisme, de ces anti-réformateurs qui refusent le changement. Et, au fait, on les remercie, à l’occasion. Car l’on voit bien qu’il arrive au progrès de nous faire plutôt reculer, puisqu’il s’agit souvent, quand on parle de réformer, d’affaiblir notre pouvoir d’achat ou nos droits à l’interruption de carrière ou à la retraite.

Ces elfes contraires ne sont pas forcément socialistes ou syndicaux. Les lutins de l’inertie ont noyauté le gouvernement lui-même, au sein duquel le CD&V (souvent) et le MR (parfois) s’emploient à brider les ardeurs réformatrices (ou déformatrices, c’est selon) de la N-VA.

C’est encore arrivé cette semaine quand, tout à trac, la N-VA a décidé qu’il fallait serrer le budget de la Sécurité sociale. On sait le contexte : le budget 2015 de l’Etat a dérapé comme un savon mouillé.

Il faut donc trouver 1,2 milliard. Et la N-VA propose de réaliser le gros de l’effort en Sécu.

Négatif, a dit Olivier Chastel, le patron du MR, au Soir.

Pourquoi ? Parce que ce serait trop douloureux, pas humain, pas social ? Oui, oui, sans doute.

Mais son argument est celui-ci : l’affaire ne figure pas dans l’accord de gouvernement.

Jusqu’ici, c’est la N-VA qui invoquait le respect de l’accord de majorité pour barrer le CD&V et le MR quand ils veulent assouplir le cahier des charges. Voilà l’argument qui change de camp. Autant dire que quand le MR et le CD&V voudront modifier le plan de vol parce que la rue crie ou parce que les syndicats mettent la pression, la N-VA pourra désormais, tranquillement, les envoyer sur les roses.

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