Napoléon et Wellington enfin réunis: l’expo qui magnifie la paix plutôt que la guerre

Une poignée de main qui fait plaisir. Le neuvième Duc de Wellington et Prince de Waterloo n’a pas voulu se faire photographier, préférant « rester dans l’ombre  » mais saluant « la mise en valeur de son aïeul  », tandis que Victor Massena, Prince d’Essling et président de la Fondation Napoléon, dont l’aïeul a combattu celui du duc de Wellington au cours des campagnes d’Espagne et du Portugal, a salué une rencontre qui se fait sous le « signe de la paix et non plus de la guerre  ». Voilà qui réconfortait lors de l’inauguration de l’exposition « Napoléon-Wellington : destins croisés » qui s’ouvre sur les bustes des deux protagonistes de la Bataille de Waterlo que l’on a placés de manière à ce que leur regard ne se croise pas, même si toute l’exposition a été conçue pour les rapprocher. On ne refait pas l’histoire…

« C’est la Fondation Napoléon qui a exprimé le désir il y a deux ans et demi de réaliser une exposition au Musée Wellington, nous explique Etienne Claude, le conservateur de l’exposition pour le côté britannique et directeur de l’ASBL Bataille de Waterloo 1815. Nous ne voulions cependant pas mettre en valeur un seul des camps, comme nous ne voulions pas mettre en avant la guerre. Notre volonté était de présenter deux hommes au travers de documents personnels, exposés exceptionnellement pour l’occasion. »

Et le Prince d’Essling de s’en réjouir : « On a bien fait de nous pousser dans cette voie. C’est sûr que, pour nous Français, la Bataille de Waterloo est une défaite et le restera. Raison pour laquelle nous nous sommes opposés à la pièce commémorative de deux euros que la Belgique entendait frapper. Cependant, la réalité historique est là aussi et nous nous devons de la respecter. »

Deux cents ans après la Bataille de Waterloo, cette exposition rassemble ainsi plus de 250 pièces uniques et stupéfiantes, jamais montrées ensemble, qui offrent aux visiteurs un éclairage nouveau sur la vie privée, sentimentale et politique des deux acteurs ayant profondément influencé le cours de l’Histoire européenne. Pour Thierry Lentz, « le » spécialiste de Napoléon, « c’est une exposition de facture internationale qu’il fait absolument venir voir à Waterloo. » Une exposition qui a quelque peu fait mousser les deux camps puisque, comme l’explique Yves Vander Cruysen, l’échevin du Tourisme de Waterloo, « il suffisait que la Fondation Napoléon propose un objet pour que les Anglais répliquent par un objet de la même veine…  »

L’occasion de découvrir les différences entre les deux hommes. On découvre ainsi le bicorne tout simple de Napoléon qui, comme le souligne Pierre Branda, le chef du service Patrimoine de la Fondation Napoléon, « démontre que l’Empereur voulait apparaître comme un homme simple. Tous les contraires de ses généraux qui arboraient des chapeaux comme celui de Wellington, plein de plumes et avec un côté aristocratique. »

Parmi les objets à découvrir, l’on ressent la chair de poule devant le « cabinet noir » de Napoléon, une serviette en maroquinerie rouge, qui a dû contenir tant de secrets, à l’image du porte-documents personnels plus traditionnels de Wellington. L’on se surprend à contempler tous ces nécessaires fastueux emportés pour faire la guerre, avec des couverts aux armes impériales ou un nécessaire de dentisterie pour l’un, une longue-vue ou une tabatière pour l’autre. On ne peut aussi que s’émerveiller devant ce cachet séditieux qui, placé devant une lumière, projette l’ombre de Napoléon, comme devant ce bracelet offert par Wellington à une amie et qui contient une mèche de ses cheveux. Et on est étonné d’apprendre que les deux hommes ont eu les mêmes maîtresses en la personne de la cantatrice italienne Giuseppina Grassini ou de « Mademoiselle George », une actrice française posant déjà un sein nu.

Grands « capitaines », hommes politiques, solitaires durant leur jeunesse – Napoléon écrivant un livre et Wellington apprenant le français à Bruxelles –, les deux hommes ont eu finalement un parcours similaire, mais avec un destin différent, comme en témoigne cette exposition comparative, exceptionnelle jusqu’à leurs masques mortuaires.