Milan-Sanremo: les espoirs de Philippe Gilbert brisés par une chute… inévitable

Au-delà des cris jubilatoires hurlés par John Degenkolb qui ne semblait pas se remettre de son exploit, les coureurs franchirent la ligne en cherchant à tout prix une zone d’air et de liberté pour respirer à l’abri de la foule derrière une barrière de sécurité. Ses équipiers de l’équipe BMC, l’Italien Oss et son compatriote Van Avermaet, acteurs indiscutables de la finale, récupéraient déjà auprès de leur soigneur quand Philippe Gilbert arriva à son tour, la vareuse et le cuissard déchirés, principalement sur le côté droit. Le sang perlait un peu partout sur ses bras, sa cuisse et son épaule étaient brûlées. Le masque de la souffrance n’était pas carnavalesque, il cachait aussi une profonde détresse teintée d’une frayeur rétrospective.

« J’attaque en haut du Poggio pour revenir sur Geraint Thomas, je suis dans les bonnes roues dans la descente puis Boasson Hagen a pris un virage trop large, j’ai suivi et je suis parti à la faute, je ne pouvais rien faire d’autre car sinon j’allais droit dans le muret. Ma roue avant est partie sans possibilité de la contrôler. » Un carnage près d’un muret en pierre si célèbre dans cette descente la plus technique de la saison. Kwiatkowski, Stybar, les deux leaders d’Etixx-Quick Step sont par terre. Le vainqueur de 2013, Gerald Ciolek aussi. Sur twitter, un peu plus tard, Gilbert émet un message en anglais : « Feel sorry for the crash and for the guys who came down with me. Sport can be cruel. » Et Ciolek de répondre un quart plus tard : « Pour t’excuser, merci de m’aider à gagner l’année prochaine ! »

D’autres funambules sont passés en revanche de justesse sur le côté. Comme Cancellara. Alors que Gilbert commence à s’expliquer devant les journalistes venus s’inquiéter de son sort, le Bernois s’arrête à hauteur du Belge et regarde le corps meurtri de son concurrent. « Ça va Philippe ? Oui ça va, merci », répond le Remoucastrien, ému par la solidarité de l’instant. « Mais ne soyez pas étonnés, c’est toujours comme cela dans le peloton, nous ne sommes pas des ennemis, on se respecte ! »

Et de revenir sur sa course. « J’étais bien dans la montée puis dans la descente du Poggio. L’équipe avait jusque-là parfaitement manœuvré, c’était le but, durcir le plus possible jusqu’au Poggio. Oss était devant et avec un client comme Geraint Thomas, c’était encore mieux car le duo faisait peur à tout le monde. J’étais dans le bon, vers la 10e position en haut et puis il y a cette chute, j’ai eu l’impression que cela durait une éternité, surtout quand d’autres vous tombent dessus l’un après l’autre, on se demande quand cela va s’arrêter. Il n’y a heureusement pas de casse, il s’agit d’écorchures mais cela va me coûter de l’énergie et du temps par rapport à la récupération. »

Une douzième participation et peut-être la plus lourde déception pour le Wallon compte tenu d’une forme évidente affichée jusque-là. « C’est une déception en effet. Quand je suis remonté sur le vélo, j’ai fait route avec Stybar jusqu’à l’arrivée, il était dans le même état que moi, et on a bien mesuré lui et moi qu’il y avait un coup à jouer là où nous étions. J’aurais bien senti une contre-attaque partir avec lui, c’est un coureur d’instinct qui aime cela, moi aussi. Mais j’ai déjà dit qu’avec des si, on ne refaisait pas la course, cela ne sert à rien, c’est fait, c’est derrière. »

Et pour une équipe comme BMC, sans sprinter pur au départ, c’était la seule solution. Attaquer, dérouter. « Les conditions étaient pourtant bonnes car cela roulait vite compte tenu de l’échappée. Tout était favorable pour nous jusqu’à la descente de la Cipressa où on a dû battre le record de la descente la plus lente de l’histoire. Pozzato emmenait le train, je ne sais pas ce qu’il cherchait en faisant cela. »

Gilbert avait pourtant observé, le matin à Milan en accrochant son dossard, qu’il s’agirait d’une bonne journée. Le hasard lui avait en effet attribué le numéro 51 rendu célèbre par un certain Eddy Merckx. Mais là, clairement, cela ne lui a pas porté bonheur…