Départementales: du bleu, mais pas du bleu Marine!

PARIS

C’est une énorme surprise. La preuve qu’un sondage ne fait pas une élection et qu’il n’est qu’une photographie, parfois même très floue, de l’opinion à un instant donné. Contre toute attente, ce n’est pas le Front national mais l’UMP qui triomphe du premier tour des élections départementales ce dimanche.

Selon les estimations données dimanche soir, le total des voix de l’UMP et de l’UDI (centriste) atteint 31 %. Le Front national arrive deuxième, avec près de 25 %. Un score très en deçà de celui que lui attribuaient depuis des semaines tous les instituts de sondages, qui le pointaient autour de 30 %. Le Parti socialiste réalise autour de 20 %. Mais, consolation pour lui, le total des voix du bloc de gauche (37 % en comptant le Front de gauche, les Verts et autres alliés) équivaut au total des voix de droite : 37 % en comptant l’alliance UMP-UDI et ses alliés « Divers droite ».

Marine Le Pen, qui s’apprêtait à être la grande gagnante de la soirée, enregistre sa première déception électorale depuis qu’elle a pris la présidence du Front national des mains de son père, en 2011. Son score reste malgré tout très élevé, comparable à celui réalisé en mai dernier aux élections européennes (25 %), qui lui avait permis de se présenter comme le « premier parti de France ».

Avec un taux de participation moins catastrophique qu’initialement redouté (un électeur sur deux a voté), le regain de mobilisation profite donc à un parti de gouvernement. Trois ans après l’élection de François Hollande à l’Elysée, sans embellie sur le front économique, le vote sanction contre le gouvernement s’est bien produit, mais il ne bénéficie pas au parti de la protestation.

« L’alternance

est en marche »

Marine Le Pen masque sa déception. «  Le vote Front national est un vote massif qui s’enracine » veut-elle croire. « Une autre politique est possible  », a-t-elle réagi en parlant de la « campagne ordurière » dont elle a fait l’objet. En réclamant à ce sujet la démission de Manuel Valls. L’extrême droite préfère mettre en avant des trophées conquis dès le premier tour, comme les cantons de Fréjus (dans le Var) et deux autres, dans l’Aisne et en Haute-Marne.

Nicolas Sarkozy, qui a repris les rênes de l’UMP en novembre dernier, enregistre son premier succès depuis son retour en politique après la retraite qui avait suivi son échec à la présidentielle de 2012. La droite ne s’attendait à triompher qu’au soir du second tour, quand les départements se seraient progressivement colorés de bleu, tombant comme des dominos à l’issue du vote majoritaire. La victoire dès le premier tour est pour l’ancien chef de l’État une divine surprise. Une option prise sur la future primaire de désignation du candidat à la présidentielle de 2017.

Jusqu’ici, ses rivaux, surtout Alain Juppé, pouvaient tabler sur un retour en demi-teinte. Nicolas Sarkozy, plombé par les affaires, avait eu du mal à exercer son autorité sur son propre camp. Moins bien élu que prévu à la présidence de l’UMP à l’automne dernier devant un Bruno Le Maire qui avait créé la surprise, l’ancien chef de l’État avait aussi peiné à faire passer sa stratégie vis-à-vis du Front national. Début février dernier, lors de la législative partielle du Doubs (qui a finalement vu la victoire du candidat socialiste sur la candidate FN), il avait plaidé dans l’entre-deux-tours pour une ligne plus ferme que le désormais traditionnel credo « ni-ni » (ni vote pour le candidat du PS ni vote pour un candidat du Front national).

Mais il avait été mis en minorité au sein de son propre parti. Il avait ensuite montré des hésitations, optant d’abord pour un recentrage de son discours avant de se rabattre dans cette campagne sur la stratégie qui lui avait servi lors de la campagne présidentielle de 2007 : tenir un discours de droite ferme pour tenter de siphonner les voix du Front national. De meeting en meeting, tout en cognant sur le Premier ministre Manuel Valls qu’il accusait de perdre ses nerfs, il avait ainsi beaucoup parlé de communautarisme. Il s’était notamment dit opposé à l’offre de repas de substitution dans les cantines scolaires lorsque du porc était au menu. Il s’était également dit favorable à une extension à l’université de la loi interdisant le port du voile. «  Je dis aux électeurs du Front national que nous entendons leur désespoir. Mais ce parti qui a le même programme économique que celui de l’extrême gauche n’apporte aucune réponse aux difficultés des Français », a-t-il réagi ce dimanche soir.

« Quand on mobilise les Français,

ça marche ! »

À gauche, le Premier ministre Manuel Valls, qui avait jeté tout son poids dans cette bataille, n’a bien entendu pas réussi à obtenir une victoire, impossible avec un exécutif aussi impopulaire. D’autant que le PS se présentait presque partout seul. Mais il a réussi à limiter la casse. La gauche n’est pas éliminée dès le premier tour de la moitié des 2.000 cantons comme elle pouvait le redouter, mais seulement d’environ cinq cents. Et le total des voix de gauche lui laisse à penser que rien ne serait perdu pour les futures échéances si la majorité pouvait mettre fin à ses divisions .

Manuel Valls pourra faire valoir que sa stratégie de dramatisation aura permis de contenir la montée d’un FN qui semblait inexorable. « Quand on mobilise les Français, ça marche », a-t-il réagi, se félicitant que l’extrême droite ne soit pas le «  premier parti de France ».

Il avait dit son «  angoisse » de voir son pays se «  fracasser » contre l’extrême droite. Certains lui avaient reproché de mettre ainsi le FN au centre du jeu et craignaient un effet contre-productif. Manuel Valls prend dès lors lui aussi l’ascendant sur ses détracteurs. Déjà convaincu de rester à Matignon, il se voit même conforté. Il bat déjà le rappel pour le second tour en appelant à un « rassemblement » et à un « vote républicain » partout où le PS n’est pas qualifié.