Au cœur de la communauté berbère d’Anvers: «De Wever tient à protéger les Juifs»

Reportage dans la cité berbère de Borgerhout après les propos polémiques du président de la N-VA.

Journaliste au service Société Temps de lecture: 3 min

À l’ombre de la majestueuse gare d’Anvers, trois jeunes femmes voilées attendent le bus. Enjouées, elles discutent entre deux éclats de rire. « Nous sommes toutes les trois Berbères, annonce Nora, installée en région anversoise depuis trois ans. Originaire du Maroc, j’ai rejoint mon mari qui était installé ici depuis plusieurs années. Ce qui rend mon intégration difficile, c’est l’apprentissage du néerlandais, une langue totalement inconnue chez nous. Mais je m’y mets, je commence à le comprendre et je suis des cours pour mieux le parler. Cela dit, je comprends tout à fait Bart De Wever quand il dit qu’il est indispensable de parler la langue de la région où on vit. Ça ne peut qu’aider à s’intégrer à la communauté. »

Un avis que partage son amie Aziza, tout en relativisant. « Moi aussi j’ai rejoint mon mari il y a deux ans, dit-elle. J’apprends aussi la langue, mais il faut nous laisser le temps. Il y a quelques jours, en ville, j’ai demandé un renseignement en français à des policiers qui m’ont dit que si je ne parlais pas néerlandais, je devais retourner au Maroc. C’est clairement un abus. » Siham, elle, n’en est plus là. Anversoise depuis dix ans, elle maîtrise désormais parfaitement la langue de Vondel.

Borgerhout, cité berbère

Cette connaissance de la langue, les trois femmes ne veulent pas qu’elle soit un problème pour leurs enfants. Ils sont donc tous scolarisés en néerlandais. Car pour le trio, les choses ne sont visiblement pas toujours faciles. « Nous essayons d’avoir des contacts avec les autres communautés, embraie Aziza. C’est possible avec certains Belges, Africains ou Asiatiques. On discute, on s’échange des plats ou des recettes. Mais d’autres, comme les Marocains arabes, ne nous aiment pas. Ils nous le font sentir. C’est pour ça que nous, les Berbères, nous vivons presque tous à Borgerhout. Ensemble, on se sent mieux et protégés. Ça ne fait pas de nous des terroristes ou des djihadistes. Je ne comprends pas les propos de Bart De Wever. »

Borgerhout, c’est le prolongement du centre d’Anvers. À un peu plus d’un kilomètre de la gare. Les enseignes des nombreux commerces ne trompent pas : la communauté musulmane y est effectivement très présente. Selon de récentes estimations, les Marocains représenteraient même entre 40 et 50 % de la population de la commune. C’est le cas d’Abdel, attablé à la terrasse d’un salon de thé. « Bien sûr qu’il y a des Flamands racistes qui ont peur de nous, mais ce n’est pas parce que je vais à la mosquée que je suis un terroriste. L’islam prône l’amour et le respect de l’autre. Avec les propos qu’il a tenus, j’ai encore plus l’impression que De Wever tient à protéger les Juifs. »

Un avis tranché que partage Samir, 31 ans. « De Wever est juif pour ce qui est de l’économie, assène-t-il. Ses propos sur les Berbères, je m’en fous. C’est de la politique. Moi, je travaille, je vais à la mosquée et je suis heureux. Par contre, si les choses devaient empirer en Syrie, d’ici deux mois, je pars rejoindre mon cousin de 28 ans et l’État islamique. Il a quitté Borgerhout et est parti se battre contre Bachar. Il appelle régulièrement et tout va bien pour lui, sa femme et sa petite fille… »

 

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