Liège: la prostitution de rue dans le viseur

N’en déplaise à ceux qui veulent interdire ou du moins fermer les yeux sur le phénomène, la prostitution ne diminue pas en région liégeoise. Il n’y a bien entendu pas de chiffres officiels pour cerner cette réalité complexe qui, des annonces via internet aux salons en passant par le trottoir touche à la fois le monde étudiant, celui du luxe et les toxicomanes.

« Ce que nous constatons, c’est une augmentation de 10 % des personnes que nous avons suivies en 2014 pour la campagne de vaccination contre l’hépatite B. D’année en année, ce chiffre ne diminue pas », explique Quentin Deltour, responsable d’Espace P, association active dans la défense des travailleurs du sexe. Autre donnée : 350 colis distribués lors de la Saint-Nicolas aux personnes suivies par Espace P dans le grand Liège.

En abandonnant le projet d’Eros Center, la Ville de Liège s’assied sur un espoir donné en 2009 aux prostituées exclues des salons de Cathédrale Nord : proposer un cadre de travail sécurisé, salubre et encadré. « Ces dames ne sont plus là, elles sont pensionnées », affirme le bourgmestre. « La réalité de la prostitution de salon n’a pas changé. Par contre les conditions de travail se sont détériorées. Certaines sont parties à Seraing, d’autres sur la route de Bruxelles, d’autres encore travaillent via internet. Mais il serait hypocrite de croire que la fermeture des salons a fait diminuer la prostitution », répond Quentin Deltour.

L’ouverture d’un Eros Center à Seraing fin 2016 n’améliorera pas la situation globale. Au contraire. « Nous allons revenir à une capacité d’accueil d’une centaine de prostituées soit le nombre de personnes que nous sommes capables de suivre compte tenu de nos effectifs, explique le bourgmestre Alain Mathot. Il revient aux autres communes à prendre leur part ». Actuellement, près de 250 prostituées sont inscrites à la police de Seraing et travaillent rue Marnix. Après 2016, un nombre important d’entre elles seront précarisées dans l’exercice de leur métier.

Pour le bourgmestre de Liège, la priorité se concentre désormais sur la prostitution de rue telle qu’elle est pratiquée autour de l’ancienne Grand Poste. « Les conditions sont déplorables et le quartier va changer de physionomie. Je veux trouver un autre endroit, sécurisé, pourvu d’un dispositif socio-sanitaire », déclare le bourgmestre qui veut asseoir tous les acteurs autour de la table. Quant au partenaire CDH qui a refusé le projet Isatis, il défend un soutien aux initiatives associatives et publiques qui oeuvrent pour sortir les personnes de la prostitution. « Ce sont avant des victimes », déclare le conseiller Michel de Lamotte.

L’association Espace P est dubitative. «  Nous craignons qu’une fois de plus la Ville dise aux travailleurs du sexe : “Dégagez”. Depuis des années, nous sommes plus habitués à ce genre de « solution » plutôt qu’à une véritable concertation », explique Quentin Deltour qui prône l’élaboration d’un modus vivendi où les travailleurs du sexe ne seraient plus stigmatisés.