Pourquoi on ne fera pas dépistage cardiaque pour les jeunes sportifs

Le centre fédéral d’expertise des soins de santé (KCE) s’est prononcé contre le dépistage systématique du risque cardiaque de mort subite pour les jeunes sportifs non professionnels de 14 à 34 ans.

Suite à plusieurs cas de décès lors d’entraînement et de compétitions, les autorités ont demandé aux experts si un examen systématique pourrait sauver des vies et comment l’organiser. Globalement, la réponse des experts du KCE est totalement négative.

Non seulement il n’est pas prouvé que cet examen sauverait la moindre vie, mais il est certain que le dépistage entraînerait de nombreux examens complémentaires, voire carrément des interventions chirurgicales comportant elle-mêmes de nombreux risques et qui seraient globalement inutiles. Pire : même si l’on détecte un risque, il n’est pas sûr qu’un traitement permette d’échapper à la mort subite.

Les examens actuels trop peu précis

La raison essentielle est qu’il n’existe pas d’examens auxquels on pourrait faire appel pour prédire un tel événement, les examens actuels étant trop peu précis. S’il n’y a pas d’examen efficace, c’est parce que plus de 40 affections cardiaques différentes peuvent être cause de mort subite ; ce sont des affections rares et leur issue est, en fait, rarement fatale. De plus, elles ne s’accompagnent souvent d’aucun symptôme ; la plupart des personnes qui en sont porteuses mènent une vie tout à fait normale.

D’après les experts du KCE, jusqu’à un quart des personnes qui sont en fait à risque d’une telle mort subite ne seraient pas détectées par un contrôle. Mais surtout des dizaines de milliers de fausses alertes entraîneraient leur lot d’angoisses et d’examens complémentaires inutiles. Des milliers de jeunes sportifs pourraient recevoir des traitements superflus – comportant eux aussi des risques – ou se voir conseiller d’arrêter momentanément ou définitivement le sport. Et cela sans aucune preuve qu’une telle mesure soit efficace pour faire diminuer le nombre de décès.

Selon les experts, le risque de mort subite chez les jeunes sportifs est très faible. Alors qu’un million de jeunes sont inscrits dans un club de sport et où beaucoup d’autres encore pratiquent une activité sportive en dehors de tout encadrement, cela représente moins de 10 cas par an, dont 2 ou 3 dans le cadre de compétitions. Les autres causes de mort subite comprennent, entre autres, le coup de chaleur et l’emploi de substances stimulantes.

Pas d’efficacité prouvée

Les examens classiques de dépistage cardiaque consistent à interroger la personne sur l’existence d’antécédents personnels ou familiaux de problèmes cardiaques et à pratiquer un examen clinique (notamment une auscultation du cœur), avec éventuellement un électrocardiogramme (ECG) de repos. Les chercheurs du KCE font le constat que ces examens ne sont pas suffisamment fiables pour détecter avec certitude une anomalie chez un sujet jeune, ou au contraire pour rassurer. Il n’existe pas non plus, à l’heure actuelle, de données scientifiques fiables démontrant qu’un dépistage systématique permettrait d’éviter des décès prématurés. Ce constat est confirmé par d’autres études, tant en Belgique (Conseil supérieur de la Santé) qu’à l’étranger (Royaume-Uni, USA). La seule étude italienne qui conclut en faveur d’un dépistage systématique n’est pas suffisamment fiable. Il n’y a d’ailleurs pas moins de cas de mort subite chez les jeunes sportifs en Italie, où le dépistage est obligatoire, que dans les pays où il ne l’est pas.

Quelles techniques ? Etant donné son manque de précision, un dépistage cardiaque systématique déboucherait sur des fausses alertes pour 5 à 30 % de la population dépistée. Plusieurs dizaines de milliers de jeunes qui devront subir des examens complémentaires inutiles. Et comme ces examens ne sont jamais à 100 % exacts, cela mènera au moins quelques centaines, voire quelques milliers d’entre eux à recevoir des traitements superflus tels qu’un cathétérisme cardiaque ou l’implantation d’un défibrillateur, qui comportent eux-mêmes un risque du même ordre de grandeur que celui de la mort subite pendant le sport. Pour ces raisons, les Pays-Bas ont d’ailleurs supprimé l’obligation de dépistage cardiaque chez les sportifs depuis 1984.

D’autre part, un quart de ceux qui sont bel et bien porteurs d’une anomalie cardiaque ne seront pas diagnostiqués et seront, par conséquent, rassurés à tort. Ils risquent alors d’être moins attentifs à des signaux d’alarme et de se mettre en danger, malgré le dépistage.

Pas de traitement. Il n’est pas du tout certain qu’un traitement puisse prévenir la mort subite. A l’heure actuelle, il n’existe encore aucun consensus entre médecins sur la meilleure manière de traiter un jeune sportif porteur d’une anomalie cardiaque. Il n’est d’ailleurs pas certain non plus qu’un traitement puisse prévenir la survenue d’un accident fatal. On conseille généralement à ces jeunes de stopper le sport, ce qui leur fait perdre non seulement le plaisir et le contact social que cela leur apporte, mais aussi les effets bénéfiques reconnus de l’activité physique sur la santé. Certains d’entre eux recevront un traitement et resteront à vie sous surveillance médicale alors qu’il n’existe pas de preuves scientifiques que cela les protège effectivement contre la mort subite. Cerise sur le gâteau, un dépistage pour tous les jeunes sportifs coûterait jusqu’à 100 millions, qui resteraient à trouver ou à enlever aux budgets actuels…