La guerre du streaming a commencé

Le changement, c’est maintenant. D’ici à la fin de l’année, Google et Apple auront lancé leur service de streaming. Le géant du web, propriétaire de YouTube, s’apprête à dévoiler Music Key, le petit frère musical et payant de YouTube. De son côté, la marque à la pomme, qui a racheté Beats, devrait frapper un grand coup et proposer dans les mois à venir un nouveau modèle de streaming musical.

Les enjeux sont énormes, les parts de marché du streaming ne cessant d’augmenter. Aux États-Unis, ses revenus ont pour la première fois dépassé ceux issus des ventes de CD (1,87 milliard de dollars contre 1,85 milliard en 2014). Dans la plupart des pays européens, le streaming pèse aujourd’hui plus lourd que les téléchargements.

C’est dans ce contexte de « restructuration du marché autour du streaming » , selon le mot du délégué général du Snep (syndicat français de l’édition phonographique), que l’on apprend qu’Universal, la plus imposante des majors du disque, pousse Spotify, le leader mondial du service d’écoute en ligne, à abandonner son modèle d’écoute gratuite ou « freemium ».

Pour Lucian Grainge, patron d’Universal, ce modèle « financé par la publicité ne peut soutenir l’écosystème des créateurs et des investisseurs » – c’était déjà la raison de la discorde entre Taylor Swift et Spotify ( Le Soir du 24 novembre 2014). Mais cette vision, on s’en doute, l’entreprise suédoise ne la partage pas : « Plus de 80 % de nos abonnés (12,5 millions sur 50 millions d’utilisateurs – NDLR) ont commencé en tant qu’utilisateurs gratuits. » En clair : « Sans la gratuité, le payant ne peut pas marcher. Nous sommes comme une oasis de croissance dans l’industrie. Nous ne voulons pas mettre cela à mal. Ce modèle fonctionne. »

Rumeurs

C’est ainsi que, si l’on en croit le New York Post qui aurait eu accès à un e-mail perdu, Spotify a proposé à Universal de lui payer un milliard de dollars de royalties sur les deux prochaines années afin que la major cesse toute pression. De l’autre côté du prisme, de nouvelles rumeurs évoquent le rachat imminent de Spotify. Une seule chose est sûre parmi ces rumeurs et spéculations, le service de streaming qu’Apple s’apprête à dévoiler sera un service payant…

Restent ces questions : pourquoi est-ce la seule Universal qui monte au créneau ? Et pourquoi seulement viser Spotify et non YouTube qui reste le site de streaming gratuit le plus consulté ?

Reprenons le cours des événements. En août 2014, Apple, qui voit son service de téléchargement iTunes arriver en fin de règne, rachète Beats, fabricant de casques audio fondé par Dr Dre et Jimmy Iovine et qui a récemment lancé son service de streaming. Or, jusqu’à son transfert chez Apple, Jimmy Iovine était le patron d’Interscope Records, label dont la maison mère s’avère être Universal. Au-delà même du fait que Jimmy Iovine et le patron d’Universal Lucian Grainge se connaissent et s’admirent, on notera que la major a touché 400 millions de dollars en revendant les parts qu’elle détenait dans Beats à Apple.

Un mois après la vente, U2, artiste Interscope/Universal, distribuait son nouvel album Songs of Innocence à 500 millions de personnes grâce à un deal d’exclusivité passé avec Apple. Dans le magazine Time, Bono expliquait alors que U2 et Apple « travaillent ensemble sur un format audiovisuel interactif pour la musique qui ne peut être piraté et va permettre de faire vivre les pochettes de disques comme jamais, de jouer avec les paroles et de rentrer littéralement dans les chansons alors que vous êtes assis dans le métro avec votre iPad ou sur un de ces gros écrans plats. » Et il ajoutait : « Je crois que Songs of Experience sortira dans un nouveau format. Et ça va être vraiment enthousiasmant. »

Affaire à suivre…