Grève royale à Buckingham

Oshocking ! Les employés de la Reine se mettent en grève en protestation contre les mauvaises conditions de travail au château de Windsor…

En plus de soixante ans de règne, personne n’a jamais rien pu lire sur le visage de la reine Elizabeth II, toujours impassible même dans les situations les plus dramatiques. Mais le flegme légendaire de la souveraine, âgée de 88 ans, a dû craquer d’un brin en apprenant le projet de grève des employés du château de Windsor pour protester contre les mauvaises conditions de travail.

A la fin avril, les 120 guides, personnel de restauration, de nettoyage et de gardiennage de la résidence de week-end du monarque devraient débrayer à l’appel des syndicats de la fonction publique qui ont déposé un préavis de grève. Ils protestent contre des rémunérations inférieures au RMI. Chez Windsor Inc., le salaire moyen s’élève à 14.000 livres (19.282 euros). Il ne s’agit pas des membres de la maison royale qui, s’ils sont également mal payés, bénéficient au moins du privilège d’être nourris et blanchis.

On peut imaginer la gêne que doit éprouver Sa Majesté devant ce premier mouvement de grève de son règne, voire de cette lignée royale qui remonte à la nuit des temps.

La monarchie Windsor est un peu comme un aigle à deux têtes qu’elle ne montre jamais simultanément. D’un côté, les pompes et les fastes projettent l’image d’une institution glorieuse dotée de tous les atours comme il sied à une vraie reine. Mais de l’autre, les employés, ouvriers, secrétaires, femmes de chambre, huissiers, valets, artisans ou guides sont très mal lotis comparés aux normes de la fonction publique d’outre-Manche.

Le Palais souligne pour sa part que les employés de la Cour d’Angleterre reçoivent une retraite généreuse et des avantages en nature qui portent leur rémunération à la moyenne nationale pour un emploi non qualifié. Sans parler du prestige qu’octroie le service à la Couronne qui, à les écouter, vaut tout l’or au monde.

Dans ce conflit social, Buckingham Palace renvoie la balle dans le camp de la Royal Collection Trust, la collection royale, dont dépendent les visites du château de Windsor. Le catalogue de la Collection royale, comprend notamment huit mille toiles de maître, vingt mille dessins et pastels, des milliers de livres anciens… A Windsor, le visiteur se promène le nez en l’air en contemplant les tableaux et œuvres d’art.

Elizabeth II est d’autant plus affectée par ce mouvement de grève que Windsor est son château favori. Construit par Guillaume Le Conquérant sur la seule colline surplombant la Tamise, le plus ancien et le plus grand château du royaume a donné le nom à la dynastie en 1917 pour faire oublier à la population les origines allemandes de la lignée. La souveraine y a passé toute la guerre en compagnie de ses parents et de sa sœur.

Enfin, c’est là qu’est né en 1348 l’Ordre de la Jarretière, l’honneur le plus prestigieux du royaume dont la légendaire devise proclame, «  Honni soit qui mal y pense ».