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Le Grand Palais se fait tout petit devant Velázquez

La première grande rétrospective

parisienne du géant de la peinture joue

la carte d’une

sobriété totale

pour mieux célébrer l’œuvre de l’artiste.

Chef adjoint au service Culture Temps de lecture: 4 min

De l’espace, de la lumière et du rythme : tels sont les trois éléments de la scénographie de la passionnante exposition consacrée à Diego Velázquez, au Grand Palais à Paris.

L’événement est bien sûr exceptionnel. Les œuvres de Velázquez voyagent peu. Le musée du Prado à Madrid en possède le plus grand nombre et ne les lâche que très difficilement. On est donc époustouflé en découvrant, sur les 119 œuvres présentées dans l’exposition, pas moins de 54 toiles de Velázquez venues du monde entier. Et trois autres qui lui sont attribuées.

Quand on sait qu’une petite centaine de toiles à peine sont authentifiées comme étant de sa main, on se rend compte de l’incroyable richesse de ce parcours. C’est d’autant plus exceptionnel que Paris est particulièrement démuni en ce domaine. Pas un seul Velázquez ne figure dans les collections du Louvre. On comprend donc que Guillaume Kientz, commissaire de l’exposition et par ailleurs chargé des collections de peintures et sculptures espagnoles, portugaises et latino-américaines au Louvre, ait trouvé ici l’occasion unique d’assouvir sa passion. Il le fait avec une discrétion absolue, mettant en avant l’art du peintre et le contexte dans lequel il s’inscrit.

Les premières salles, consacrées aux années de formation s’avèrent déroutantes par leur simplicité même. Un éclairage neutre, presque froid, des murs gris pâle. L’ensemble apparaît un peu triste, loin de l’exubérance du Prado. Pourtant, on découvre ici déjà quelques œuvres superbes comme la fameuse Education de la Vierge, récemment redécouverte dans les réserves de la Yale Art Gallery de New Haven et attribuée à Velázquez.

A côté, une toile de Juan de Roelas traitant le même thème et dont le peintre s’est manifestement inspiré. Un peu plus loin, on découvre les sujets plus naturalistes dont le magnifique La Mulata. Jusque-là, en ce tout début de 17e siècle, Velázquez s’inspire des maîtres qu’il peut voir à Séville et Madrid comme Francisco Pacheco. Mais bientôt, il découvre le caravagisme à travers le travail de Jusepe de Ribera ou de Luis Tristan dont on découvre ici des œuvres majeures. ainsi qu’un magnifique saint Jean Baptiste de Cavarozzi.

Une succession de chefs-d’œuvre

Et d’un coup, les choses changent. Voici les premiers portraits de saints et de religieux : des toiles sombres montrant des personnages vêtus de noir avec de rares touches de blanc. Rassemblés dans une salle plongée dans la pénombre, ils semblent irradier d’une lumière surnaturelle.

En les quittant, on retrouve des salles plus claires, jouant notamment avec la lumière naturelle venue de l’extérieur. C’est le premier voyage en Italie puis la cour d’Espagne avec les portraits de Baltasar Carlos, « l’enfant chéri », qu’on voit grandir au fil des tableaux de Velásquez et de son beau-fils, Juan Bautista del Mazo. Celui-ci joue un rôle majeur aux côtés de son beau-père. Guillaume Kientz le montre bien, lui donnant une place de plus en plus importante au fil d’un parcours qui montre que, sorti de l’ombre d’un géant, Juan Bautista del Mazo est bien plus qu’un simple disciple.

Les portraits extraordinaires de la cour d’Espagne, celui, fabuleux, du pape Innocent X, les traitements de sujets mythologiques (à partir de modèles qu’on retrouve dans diverses toiles, dans des rôles différents) : les chefs-d’œuvre se succèdent. Pourtant, aucune lassitude chez le visiteur. C’est qu’une fois passée l’impression de froideur du début, la logique et l’humilité du parcours apparaissent pleinement. Les œuvres et rien que les œuvres sont mises en valeur. Une des plus belles réussites étant cette petite salle ovale où la fameuse Vénus au miroir est seule, tournant le dos à l’Hermaphrodite endormi qui a peut-être servi d’inspiration à l’artiste.

Un des multiples moments de grâce d’une exposition où ne manquent que Les Ménines. Mais comme l’explique très justement Guillaume Kientz, cette œuvre-là ne peut, ne doit, se voir qu’à Madrid, dans ce Prado qui semble avoir été construit dans le seul but de l’abriter.

Jusqu’au 13 juillet au Grand Palais à Paris. Infos : www.grandpalais.fr

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