Zaventem, symbole d’une Belgique qui sombre?

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Ainsi donc, une nouvelle fois, le fédéral et les Régions traversent une crise. Ainsi donc, les mandataires politiques des citoyens flamands, wallons et bruxellois de ce pays font éclater leurs divisions, leurs rancœurs et leurs haines en désignant à la vindicte « l’autre » comme unique coupable.

De quoi étouffer la joie de centaines de milliers de Bruxellois qui, ce jour, fêtent la fin du plan Wathelet qui régulait à leurs dépens les mouvements d’avions au départ et à l’arrivée de l’aéroport de Bruxelles depuis le 6 février 2014. De quoi masquer la colère d’autres centaines de milliers de Bruxellois, d’habitants de la périphérie flamande de la capitale ou même de Brabançons wallons qui, ce jour, pleurent ce même plan qui les avait soulagés quelque temps.

Autant de citoyens qui, en raison de cette nouvelle crise politique, regretteront ici de ne pas être entendus dans leur colère devant un retour de nuisances aériennes, et là de ne pas être écoutés dans leur souhait d’être protégés à jamais de ces mêmes nuisances.

Mais ne se trouve-t-on pas là, au fond, dans le même cas de figure ? Tel un cancer, le syndrome « Nimby » (« Not in my backyard », ou « Pas dans mon jardin ») se répand dans cette Belgique brisée, entre niveaux de pouvoir qui se toisent et Régions qui se haïssent, où la raison d’Etat de l’un n’est plus la raison d’Etat de l’autre. Tel un cancer, oui, dont les métastases, au rythme de « c’est pas moi, c’est lui », se répandent jusqu’à chaque citoyen, crispé dans son repli sur soi et le rejet de l’autre.

Il faut entendre la rage des habitants de l’est de Bruxelles, il faut voir le soulagement de ceux qui sont aujourd’hui soulagés pour le comprendre : quand aucune autorité fiable, neutre, impartiale et bienveillante n’existe pour décider dans l’intérêt de tous, la haine se répand et seuls comptent les intérêts égoïstes de chacun.

C’était le péché originel du plan Wathelet, que d’avoir été conçu non dans l’intérêt de tous, mais pour le bénéfice de quelques-uns. Il n’y a toutefois que dans un pays comme la Belgique qu’une réforme ministérielle puisse être entachée de ce soupçon : un pays qui se délite, qui se déchire, où le sens de l’Etat, plus que celui de la Région, s’évapore.

Chacun attend à présent que la ministre de la Mobilité Jacqueline Galant propose un nouveau plan pour l’aéroport de Bruxelles. Il devra sans doute passer par la création d’un organe de contrôle neutre et indépendant (faudra-t-il qu’il soit étranger ?), qui aidera à décider. Mais si Flamands, Bruxellois ou Wallons impliqués dans ce plan ne visent, comme on peut le craindre, qu’à défendre leurs propres intérêts au détriment des autres, il est permis déjà d’en annoncer l’échec. La loyauté fédérale, ici comme ailleurs, n’est pas qu’une vue de l’esprit.

Mais est-il encore temps ?

 

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