Steve Stevaert, un déclin aussi rapide que l’ascension

Le socialiste flamand a été retrouvé mort jeudi. L’édito de Véronique Lamquin, cheffe du service politique au Soir.

Journaliste au service Monde Temps de lecture: 3 min

Jusqu’au dernier jour de ses presque 61 ans, Steve Stevaert sera donc resté un homme profondément atypique. Un ministre d’Etat qui met fin à ses jours dans le canal Albert, voilà qui relève, pour la scène politique, d’un tragique exceptionnel. A l’image de son destin : une fulgurante ascension, suivie d’une déchéance tout aussi rapide. Autodidacte, patron d’une dizaine de cafés, le Limbourgeois réussit en moins de dix ans ce que d’autres mettent toute une carrière à accomplir.

Les succès de 1995 à 2003

De 1995 à 2003, il aligne les succès : bourgmestre, ministre, président de parti, homme politique le plus populaire de Flandre – 581.743 voix, 40.000 de plus que Guy Verhofstadt, Premier ministre sortant, excusez du peu. Tout semble réussir à Steve Stevaert, qui réalise l’exploit d’amener un quart de l’électorat flamand dans le giron du SP.A ; c’était il y a douze ans, une éternité. Plus dure sera la chute. En 2004, les socialistes flamands retombent à 20 %. Le socialisme du bon sens, accessible à tous, n’aura eu qu’un temps ; on en retient surtout cette gratuité des transports en commun, marqueur idéologique de la redistribution que Steve Stevaert savait lisible par tous les citoyens. En 2005, il n’est plus qu’un de ces héros que la Flandre adore, avant de délaisser ; blessé, il se retire sur ses terres limbourgeoises pour finalement rendre, quatre ans plus tard, l’écharpe de gouverneur qui corsète trop ses tripes d’homme du peuple.

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A la faillite politique succède l’échec personnel

Son déclin durera, aussi, moins de dix ans. A la faillite politique succède l’échec personnel. Le chantre du vrai socialisme, les pieds ancrés dans les réalités, défraie la chronique pour ses mandats publics, dont il abuserait pour son enrichissement personnel. Il claque toutes les portes, tente de se faire oublier. Raté : une sordide histoire de chantage par une ancienne maîtresse écorne à nouveau son image. Steve Stevaert est alors pris à son propre piège. Car son envol, il le doit en grande partie à son sens inné de la communication politique, dont il a cassé bien des codes. Doué, il a très vite pris goût à la lumière et cultivé jusqu’à l’excès son appétit des médias. Lorsqu’il a voulu retourner dans l’ombre, il était trop tard. Il a dû le comprendre, une dernière fois, ce jeudi. L’annonce de son renvoi devant le tribunal correctionnel pour des faits de viol et d’attentat à la pudeur allait ruiner, peut-être à tout jamais, sa réputation. Toujours présumé innocent, Steve Stevaert n’a pas voulu se lancer dans un dernier combat, sa défense. Il part entouré d’un grand respect pour ses qualités politiques, mais aussi d’un malaise à l’égard de sa personnalité.

>>> A lire aussi: le choix de Steve Stevaert, après son renvoi en justice (abonnés)

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