Passif: «La Wallonie n’a pas de vision globale»

La Plateforme Maison passive vient d’adresser un courrier au ministre wallon de l’Energie et du Logement, Paul Furlan. Elle met sur le gril le tout nouveau système de primes qui vient d’entrer en vigueur ce 1er avril. «Des primes-rustines», dit Marny Di Pietrantonio, directrice technique.

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Après trois mois de moratoire, les nouvelles primes énergie et logement, dont nous détaillions les montants dans Le S oir Immo du 5 mars dernier, viennent d’entrer en vigueur en Région wallonne. Plus simple (on passe d’environ 60 primes à une dizaine) et visant davantage les bas et moyens revenus afin d’éviter les effets d’aubaine, le nouveau système est toutefois loin de s’attirer toutes les sympathies. Dans une lettre adressée la semaine dernière au ministre wallon de l’Energie et du Logement Paul Furlan (PS), la Plateforme Maison passive (PMP) dit voir une Wallonie « confrontée à des discussions peu fructueuses là où Bruxelles impose un quasi-passif à toute nouvelle construction depuis le 1er janvier ». Marny Di Pietrantinio, directrice technique de la PMP, déplore l’absence de vision globale sur le passif au sud du pays.

Que reprochez-vous au nouveau système de primes, par rapport à l’ancien ?

Les enseignements que l’on n’a pas tirés des anciennes primes à la rénovation. Je peux comprendre que ce soit plus simple et plus clair pour le particulier, mais nous estimons qu’il n’y a pas de vision globale sur le plan énergétique. Pour nous, ce sont des primes-rustines. Un particulier qui change simplement son vitrage va recevoir une prime, sans même savoir ce qu’il faut faire par la suite. En plus, la suppression de l’audit énergétique montre bien que ce nouveau système n’est pas bien pensé.

Que proposez-vous alors ?

Eventuellement une prime de type unique. Si vous atteignez un certain niveau sur le plan énergétique, vous recevez une prime en fonction du nombre de mètres carrés au sol.

Vous dites que Bruxelles impose un quasi-passif à toute nouvelle construction. Cela ne prouve-t-il pas que le passif était trop contraignant ?

Le standard passif, pour nous, ne doit pas être un label réglementaire. Cela doit rester une démarche volontaire. Le contexte bruxellois est tel qu’il est. Ce n’est pas toujours possible d’atteindre le passif. Mais pour nous, en termes de réglementation, le quasi-passif est le bon choix en Région bruxelloise. Les primes en vigueur depuis 2006 s’inscrivent dans une vision globale et ont montré la nécessité de ne pas tirer jusqu’au passif. Si toutes les Régions pouvaient adopter ce quasi-passif, nous n’aurions rien à dire. Mais dès le moment où la politique incitative des primes ne s’inscrit pas dans une vision globale, comment faire pour que la réglementation aille loin, mais pas trop loin, comme à Bruxelles ?

Plusieurs acteurs de terrain pointaient récemment dans nos colonnes le risque de créer un marché à deux vitesses, et expliquaient pourquoi le « basse énergie » était pour eux amplement suffisant. Que leur répondez-vous ?

Que si une politique est bien pensée du début à la fin, comme à Bruxelles, je n’ai pas l’impression que ça ait fermé le marché. J’ai du mal à me dire que la demande baissera. Par rapport au marché à deux vitesses, on entend souvent dire que le passif coûte trop cher. Certains vont même jusqu’à brandir des 40 %. Je rappelle, études à l’appui, qu’on ne dépasse pas une moyenne de 10 % de surcoût. Un pourcentage qui va en plus diminuer à l’avenir. Mais de manière générale, il faut arrêter de ne voir le passif que par le prisme financier, d’autant que le surcoût énergétique est le plus petit des surcoûts qui surviennent lors de la construction d’un bâtiment. En ce qui concerne le « basse énergie », nous trouvons que c’est l’optimum en rénovation, mais pas du tout en construction neuve. Je le répète, la vision du développement durable ne se limite pas à l’optique économique.

Vous déplorez dans votre courrier que le « presque zéro énergie » prévu pour 2020 soit à peine différent des constructions d’aujourd’hui. Mais ça va tout de même plus loin que le passif, non ?

Normalement, oui. Mais le cabinet du ministre, qui avait fixé à 20-25 kWh/m²/an la consommation d’un bâtiment « presque zéro énergie », vient de revenir avec une dernière proposition – sans doute après avoir consulté le secteur – montant à 40 kWh/m²/an. Quand on sait que pour du passif, c’est 15, je veux essayer de comprendre…

La Confédération Construction souhaite aussi apporter des correctifs au nouveau système de primes, mais ses critiques ne sont bien évidemment pas les même que les vôtres (lire ci-contre). Néanmoins, le lobby de la construction rappelle que l’objectif prioritaire doit rester l’amélioration de l’efficacité énergétique du parc immobilier wallon. Vous pouvez vous entendre sur ce point ?

Sur ce point, bien évidemment. Mais derrière cela se cache une valeur à atteindre sur laquelle nous ne sommes pas d’accord. S’ils prônent aussi une vision globale, on pourra s’entendre. Mais s’ils sont d’accord de travailler avec des primes segmentées et si pour eux, il est important d’uniquement isoler sa façade, on va continuer à avoir des points de vue divergents.

 

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