Mons 2015: 4 des 5 nouveaux musées désormais accessibles

Pour Xavier Roland, responsable du Pôle muséal de Mons, « La métamorphose de l’avant et l’après Mons 2015, le basculement dans l’avenir, c’est le week-end des 4 et 5 avril qu’ils se sont produits ! On n’a jamais vu une capitale européenne de la culture ouvrir cinq musées en un an ! On a gagné 10 ans en termes de reconnaissance, de tourisme, d’économie, de culture et d’identification des lieux. On aurait pu le rater, mais rien n’est dû au hasard. Cela représente 12 ans de travail.  »

Ce week-end, on a en tout cas croisé des Montois heureux… et fiers de leur ville. Ghislaine Lalisse et son mari Serge Delvaux vivent à Mons depuis 60 ans. Ils sont ravis de découvrir Mons animée comme jamais, avec tous ces touristes qui circulent, même en dehors des week-ends d’animations gratuites. « Mons 2015 va faire prendre conscience aux Montois que leur ville est belle, qu’elle a de l’attrait, et cela va permettre de combattre le pessimisme ambiant », estime Serge Delvaux.

Ce dimanche, Ghislaine et Serge ont visité l’Artothèque et le Mons Memorial Museum (MMM). La première est installée dans l’ancienne Chapelle du couvent des Ursulines dont on perçoit encore la structure laissée apparente par endroits. Xavier Roland explique que celle qui réunira désormais les quelque 50.000 pièces des collections montoises forme « le cœur du Pôle muséal. C’est un peu le cabinet de curiosités du 21e siècle. 1.200 œuvres seront directement accessibles au public sur le mode de la réserve. Un dispositif multimédia immersif et interactif permettra au visiteur de se mettre dans la peau d’un conservateur et de faire sa propre expo, son propre catalogue avec l’ensemble des collections muséales. » Les lieux hébergent aussi le Centre de documentation du Pôle muséal. Isabelle Brootcorne, sa responsable, est enchantée de voir enfin tous ses livres rangés côte à côte sur des étagères. « Avant j’étais dans les limbes, enfermée dans un bureau avec le fond de livres dans des caisses. »

Dans la peau d’une œuvre d’art

Le week-end d’inauguration était l’occasion pour le public de découvrir l’espace des futurs bureaux de l’Artothèque qui ne seront plus accessibles désormais. Sous la houlette des comédiens de la Compagnie des Fourvoyeurs, le public était invité à visiter les lieux dans la peau d’œuvres d’art afin de vivre de l’intérieur leur parcours de l’inventaire à la conservation et à l’exposition en passant, si nécessaire, par le laboratoire de la restauration. C’est ainsi que la sœur de Michel De Reymaeker, conservateur des collections muséales, s’est transformée en nu antique. « Elle ressemble à s’y méprendre à la Vénus de Milo, s’est exclamé le comédien jouant les restaurateurs. Le conservateur va se faire un plaisir de la découvrir. » Amusée, Emilie Lobet, véritable restauratrice indépendante, explique à un visiteur attentif que les ustensiles et produits présentés pour la mise en scène n’ont rien de commun avec ceux que l’on utilise dans la réalité. « Toutes les interventions de restauration doivent être réversibles. »

Dans le Mons Memorial Museum qui a accueilli 1200 visiteurs samedi, des Allemands retraités se montrent ravis d’avoir choisi le week-end pascal pour découvrir la Capitale européenne de la Culture. Après avoir visité l’expo Van Gogh au BAM, ils ont particulièrement apprécié que les textes de présentation du MMM soient également traduits en allemand. Et pour faire patienter les visiteurs dans la file qui s’allonge, les « murmureurs » de L’ASBL Patrimoine à roulettes susurrent à leurs oreilles petites histoires et chansons parfois grivoises.

Il fallait aussi de la patience pour accéder au Musée du Doudou installé dans les anciens locaux du Mont de Piété. Plus d’une heure de file, heureusement agrémentée du spectacle de jeunes danseurs évoquant la fête chère aux Montois. Sur les trois étages d’exposition permanente, le folklore reconnu par l’Unesco en 2005 comme Patrimoine immatériel et oral de l’humanité prend des formes interactives et artistiques pour captiver le visiteur et l’entraîner dans une ronde émotionnelle, qu’il soit ou non montois.

Tourisme entre nature et culture

Enfin, dans la campagne montoise, à Spiennes, les Minières reconnues en tant que Patrimoine mondial de l’Unesco en 2000, offrent désormais un espace polyvalent d’interprétation. A 16h ce dimanche, plus de 550 personnes ont fait le déplacement. Si certains distraits n’avaient pas compris qu’ils ne pourraient descendre dans les minières ce week-end, les lieux valent quand même la peine que l’on fasse la balade d’un quart d’heure avant d’accéder au cœur du site. « Des raisons de conservation ne nous permettent pas d’accueillir plus de trois groupes de 12 personnes par jour, précise Manuela Valentino, conservateur des patrimoines Unesco. Les gens amènent des spores et de l’humidité qui pourraient endommager les parois. Afin de permettre au public de découvrir les mines sans y descendre, elles ont été numérisées par une équipe de Technocité. Les minières qui ont 6000 ans attestent du génie humain. Elles ont un caractère exceptionnel par leur superficie, 100 hectares, et par la durée de leur exploitation : 2000 ans. Le projet architectural qui a émergé en 2007 a été conçu pour mettre la zone minière à l’abri et pour la rendre accessible au public. C’est une structure métallique légère qui n’impacte par le sous-sol et qui sera accessible d’avril à novembre. Le cheminement jusqu’au site a été voulu pour que les visiteurs prennent conscience de son étendue. C’est du tourisme entre nature et culture. »

Chacun de ces nouveaux musées, pourtant radicalement différent des autres, partage la particularité de partir de Mons pour atteindre l’européen, et même l’universel : le mythe du dragon que l’on retrouve dans de multiples régions, les guerres mondiales, le génie humain et le défi de conserver des œuvres dans une sorte de « musée des musées » qui permettra de lever une partie du voile sur les métiers « cachés » dans les musées.

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