Le RDV CEO : Eric Domb, «à Pairi Daiza, nous sommes de drôles d’animaux»

Pairi Daiza rouvre ses portes ce samedi. L’effervescence est à son comble. Une belle occasion pour discuter avec son fondateur, Eric Domb, des nouveautés de cette saison, mais aussi pour revenir sur la fameuse «affaires de pandas» et les problèmes liés aux subsides régionaux importants perçus par ses deux concurrents, le zoo d’Anvers et Planckendael. A la grosse louche, les parcs animaliers du Nord reçoivent 10 fois plus d’argent public que Pairi Daiza, ce qui n’a pas manqué d’interpeller le patron…

De là à aller en justice ? Cet ancien avocat est en réalité bien plus tourné vers l’humain que vers les procédures. En coulisses, en toute discrétion, l’homme dit négocier et tout mettre en œuvre pour amener les acteurs flamands à « prendre leurs responsabilités ».

C’est un épisode douloureux. Mais revenons sur la fameuse « affaires des pandas ». Les attaques de la NVA, la paternité réclamée du zoo d’Anvers… Vous avez pardonné ?

Ce fut très difficile car l’arrivée de nos deux pandas devait être une grande joie. Cet événement s’est transformé en un moment de stress terrible. On a accusé Elio Di Rupo, Premier ministre à l’époque, d’avoir favorisé un acteur francophone. Il n’y avait pourtant qu’un seul dossier introduit, le nôtre. Nous avons mis des semaines à remonter la pente, vis-à-vis de la presse flamande notamment.

Pourquoi n’y avait-il finalement qu’un seul dossier déposé ?

C’est très étonnant, en effet. D’autant plus que nos collègues d’Anvers et de Planckendael sont clairement des sociétés à caractère commercial. Le zoo d’Anvers a d’ailleurs été longtemps une société anonyme, avant d’être au bord de la faillite et de se transformer en ASBL afin de recevoir une flopée de subsides !

100 millions de subsides pour le Zoo d’Anvers et Planckendael. Seulement 10 millions pour Pairi Daiza. Injuste ?

Ce problème de subsides n’aurait jamais été connu par les médias si je n’avais pas répondu à une interview à un moment où j’étais très malheureux. On m’a beaucoup reproché d’avoir manqué de professionnalisme à ce niveau. Je pense d’ailleurs qu’utiliser les médias pour arriver à ses fins, est une mauvaise chose. Une fois le battage médiatique passé, on se retrouve face aux mêmes personnes et aux mêmes problèmes. En réalité, cette situation de subsides disproportionnés n’est pas neuve et nous avons longtemps composé avec. L’ancien patron du zoo d’Anvers était un ami qui pensait, comme moi, qu’il y avait de la place pour plusieurs acteurs en Belgique. Ce monsieur a été remplacé par quelqu’un qui a un couteau entre les deux dents et qui a, dès le jour de son entrée en fonction, convoqué la presse pour lui dire qu’il allait récupérer les 250.000 néerlandophones qui visitent Pairi Daiza. Pour continuer à développer notre parc, je n’ai d’autres choix que d’utiliser toute la trésorerie que je reçois de nos visiteurs et d’emprunter auprès des banquiers. D’un point de vue géo-stratégique, nous ne faisons pas le poids face à nos concurrents. Lorsque je discute du problème avec des sources tant privées que publiques, tout le monde arrive à la conclusion que ces deux institutions peuvent être gérées sans recevoir autant d’argent public.

Vous aviez mandaté un avocat pour cette affaire. Irez-vous jusqu’au bout, devant la Commission européenne pour aides d’État illégales ?

Je ne sais pas. Je n’ai pas un agenda caché, je suis très stupidement quelqu’un de transparent. La preuve est qu’en 2012 lorsque nous venions d’introduire le dossier pour obtenir les pandas, j’en ai informé le patron du zoo d’Anvers lors d’un dîner ! Je pense qu’il ne croyait pas à l’époque que nous réussirions là où eux avaient échoué des années auparavant. Quand ils ont appris que le Premier ministre chinois allait nous l’accorder, la polémique était en route. Mais, vous savez, avant de créer Pairi Daiza, j’ai exercé plusieurs métiers, dont le premier était avocat. En fait, je déteste les procédures. Ce que j’espère vraiment c’est que la région flamande aura un sursaut de fierté. Je préfère toujours croire dans la possibilité de l’élégance que dans un scénario négatif.

Ce samedi, c’est l’ouverture du parc. Etes-vous prêts ?

En réalité, nous ne sommes jamais prêts qu’à la dernière minute. Nous effectuons toujours de gros travaux durant l’hiver. Et on peut dire que les conditions météo ne sont pas idéales pour un toilettage de dernière minute…

Quelles nouveautés pour cette saison ?

Une locomotive à vapeur, une vraie. Vous savez quand j’ai créé Pairi Daiza il y a un peu plus de 20 ans maintenant, c’était pour me sauver. J’ai grâce à ce projet eu la possibilité de laisser libre cours à mes rêves d’enfant… Bien sûr, le prix de mes nouveaux jouets a augmenté avec le temps ! Notre parc est à la fois un voyage dans l’espace mais aussi dans le temps. Les trains à vapeur me passionnent depuis tout petit.J’ai donc acheté deux locomotives très anciennes datant du 20e, nous les avons restaurées dans un atelier anglais et nous espérons pouvoir les faire circuler dès l’ouverture.

Parlons du prix. Il y a 10 ans, l’entrée du parc coûtait 12 euros. Aujourd’hui, en incluant le parking, on en est à 35 euros. Ce n’est pas devenu un luxe de visiter un parc comme Pairi Daiza ?

Tout dépend de l’expérience que vous offrez à vos visiteurs. Un wallon sur quatre se rend à Pairi Daiza chaque année ! Une telle loyauté du public est exceptionnelle. Les gens ont le sentiment d’en avoir pour leur argent et, ils ont, chez nous, la possibilité de voyager au sein de paysages qui ont quasiment été greffés de l’étranger. Si vous êtiez simplement dans un jardin zoologique, alors, oui, notre prix serait trop élevé. Mais nous réalisons chaque année des investissements d’environ 20 millions d’euros dans nos infrastructures. Cette année encore plus. J’ai depuis près de 20 ans un contrat tacite avec mes visiteurs tout ce que je reçois de leur part, je leur rends en investissant dans le parc. Le prix n’a jamais été un frein à l’augmentation de la fréquentation.

Vous avez tout de même une marge opérationnelle à garantir, non ?

Touchons du bois, j’ai la confiance de mes banquiers ! Pairi Daiza a toujours respecté ses engagements. Je considère, même si ce n’est pas l’idéologie dominante, que même si je suis derrière une société anonyme, que j’ai une obligation de résultats par rapport à mes banquiers, même si finalement c’est la société qui est redevable et pas moi.

1,4 million de visiteurs pour la dernière saison. Vos objectifs cette année ?

Je n’en sais rien. Nous sommes de drôles d’animaux à Pairi Daiza, nous gérons différemment notre entreprise à notre manière, loin d’une démarche financière classique. Nous formulant bien sûr des hypothèses quand au nombre de visiteurs. Mais notre raisonnement est plutôt qu’il nous faut un nombre minimum de visiteurs à l’an, soit environ un million pour que l’aventure continue. Pour beaucoup d’entreprises, l’investissement est un mal nécessaire. A Pairi Daiza, nous avons besoin de nous réinventer chaque année.