La tendresse d’un père sage comme une mère

Dad a eu quatre femmes et il a quatre filles qu’il élève seul : Pandora, Ondine, Roxane et Bérénice. La plus petite est encore au biberon. La plus grande étudie le droit et l’économie. Dad les materne comme une vraie mère. C’est un papa poule au caractère de caramel mou, un héros du quotidien sans une once de méchanceté. Jamais grossier, dépourvu de tout cynisme, il réinvente l’esprit de famille comme Roba l’avait fait dans Boule et Bill. Son créateur est venu nous parler de la naissance de Dad dans le beau journal de Spirou au Centre belge de la bande dessinée.

On pensait la BD familiale passée de mode parmi les nouvelles générations d’auteurs. Qu’est-ce ce qui vous a poussé à créer cette nouvelle série ?

J’aime le côté familial, intergénérationnel des héros nés dans le journal de Spirou  ! J’ai quinze ans de BD derrière moi et en arrivant chez Spirou, j’ai eu la sensation de redevenir un jeune auteur. Enfant, je lisais Boule et Bill et j’ai toujours aimé cette série. C’est la première que j’ai lue avec Astérix , que mon père m’avait achetée comme cadeau de naissance en pensant que je la lirais plus tard ! J’admire le talent d’illustrateur de Roba, ses couleurs aussi. J’essaie de retrouver un peu de tout ça dans Dad. Dans la vraie vie, je suis aussi très Boule et Bill. J’ai une famille sans problème avec une femme et des enfants. Au contraire de mon père qui a connu des situations très compliquées avec plusieurs épouses. D’ailleurs quand j’ai créé le personnage de Dad, il a cru que c’était lui. En fait c’est un peu lui mais pour le caractère, c’est surtout moi.

Dad vit seul avec ses quatre filles. Il assume tout ça facilement ?

Ses quatre femmes étaient assez viriles. La première, que l’on entraperçoit dans le premier album est maire de sa cité. Les femmes ne sont pas forcément la douceur et la bienveillance incarnées. Dad est un homme très rond et maternel. Il a un côté féminin et j’aime, à travers lui, me moquer de la prétendue virilité masculine. Les hommes d’aujourd’hui sont plus maternels. Ils poussent le landau et s’occupent des petits enfants contrairement à ce qui passait au temps de Boule et Bill.

Dans les cases, vous glissez parfois des clins d’œil à René Goscinny, le scénariste d’Astérix et du Petit Nicolas, à Bernard Hislaire, l’auteur de Bidouille et Violette, ou à Peyo, l’inventeur des Schtroumpfs. Ce sont vos muses ?

J’aime énormément le Petit Nicolas pour ses doubles sens de lecture. Il me fait toujours autant rire. Peyo, c’est un maître. Les premiers personnages que j’ai dessinés, c’étaient des Schtroumpfs pour draguer les filles. C’était la grande vogue des dessins animés des Schtroumpfs à la télé. Quant à Hislaire, Bidouille et Violette sont les premiers personnages à avoir osé parler de la vie réelle dans la bande dessinée franco-belge. Je les ai découverts à l’adolescence et ça m’a profondément marqué.

Dad est un personnage à la force tranquille. Il ne s’énerve jamais, un peu comme vous ?

Jeune, j’étais assez nerveux, plutôt râleur et colérique. Avec l’âge, je suis devenu très très zen et un lien de tranquillité s’est établi entre moi et mes personnages. Dad est un héros nourri du vivant. Il évolue avec mes idées. Je le laisse venir petit à petit. Son caractère s’affine au fur et à mesure des gags.

Votre inspiration penche aussi du côté des séries télé comme « Parents mode d’emploi », « Fais pas ci, fais pas ça », « Modern Family »…

Il y a un petit côté sitcom dans Dad, c’est vrai. Mes personnages ne sont pas des marionnettes. Ils ont des failles…