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«Jouer la comédie est un repoussoir à l’angoisse»

sera à l’affiche de « Nos femmes », succès théâtral adapté au cinéma par son complice Richard Berry, dès le 29 avril. C’est l’occasion de lui demander quel homme il est.

Journaliste au service Culture

Par Fabienne Bradfer

Temps de lecture: 8 min

Profession : acteur depuis quarante ans et depuis la soixantaine, réalisateur. Caractéristique du comédien : il a la tête de l’emploi. N’importe quel emploi : dragueur, bossu, adolescent attardé, violeur ordinaire, militaire amoureux, roi de Navarre, marquis de Sade fatigué, voyou, mari abandonné, diabolique Lucifer, résistant, bourgeois désabusé, lanceur de couteaux, simple comptable, Napoléon attendrissant, le César de Pagnol, flic hanté par son passé, patron d’entreprise… Et tout ça sans parler des rôles qu’il tient au théâtre, du répertoire classique aux pièces contemporaines. On a même pu le voir un bouquet de fleurs à la main dans le clip de Maxime Le Forestier. Sa seule ambition depuis le début : servir les personnages. Drames et comédies, théâtre et cinéma, le tout toujours avec discernement, rigueur. Depuis cinq ans, il est passé derrière la caméra et y prend de plus en plus de plaisir. Parfois ses projets capotent ou prennent du retard, qu’importe. Il rebondit, assouvit une autre de ses envies. Quelqu’un qui aime son métier le fait tous les jours. Auteuil est de cette trempe. Mais n’allez pas croire que c’est un boulimique obsessionnel. Auteuil part en vacances, aime les dîners entre amis, savoure le temps d’être avec les siens et peut prendre un train plus tôt pour embrasser son jeune fils avant qu’il ne s’endorme. La famille a toujours été essentielle pour lui. Daniel Auteuil se dit chanceux : il a eu des parents très aimants et il est très aimé. Là, il part tourner deux mois en Thaïlande avec Laurent Stocker. Pourquoi se plaindre ? Et dans la rue, les gens lui sourient toujours.

Votre actualité est très « amicale » avec « Entre amis », d’Olivier Baroux et « Nos femmes », de Richard Berry. Quelle est votre définition de l’amitié ?

C’est l’intérêt de chacun bien compris. Des relations qui ne se doivent rien. J’ai un plus vieil ami, un très bon ami, et de magnifiques camarades pour lesquels j’ai beaucoup d’affection. J’ai eu le bonheur de rencontrer des êtres formidables. La chance de mon métier est de pouvoir les retrouver et de reprendre la conversation là où on l’avait laissée. C’est tout sauf superficiel. Évidemment, on quitte un film et on ne se revoit plus. On ne peut pas aimer tout monde.

Votre notoriété et votre statut confortable ont-ils altéré votre rapport aux autres ?

Jamais. J’ai été élevé sainement. Je n’ai pas le temps de m’attarder sur les mauvais esprits. Les mauvaises gens ne m’atteignent pas. Je m’en fous. Je ne veux pas me disperser et être superficiel en amitié. Je préfère privilégier l’essentiel qui est ma famille. Depuis toujours.

C’est mon garant. Grâce aux miens, je me sens étranger aux pièges de la mauvaise amitié.

Dans « Nos femmes », vous incarnez l’ami qui ne prend jamais position et arrondit les angles. Êtes-vous de cette trempe d’homme ?

Il y a effectivement une part de moi. Je suis quelqu’un de bienveillant, d’extrêmement conciliant. Mais je suis aussi quelqu’un qui se protège de toutes les pollutions possibles que sont le politiquement correct, la mode, les façons de penser à la mode, le mélange des genres. Mais je suis bien élevé, poli et je vis en harmonie avec la société.

Justement, comment sentez-vous la société actuelle ?

C’est la même qui s’accélère un peu, me semble-t-il. Je suis plus fragile car j’ai vécu beaucoup de choses. Je repère assez vite les endroits où je ne dois pas mettre les pieds. Mais je me sens pareil dans la France de François Hollande que dans celle de Sarkozy. Quant à la montée du Front National, oui, il monte et en même temps il a toujours eu des crises, des moments difficiles. Mais pour un jeune homme, le bon temps, c’est toujours maintenant. Et si s’inquiéter pour ses enfants est humain, c’est quand même trop tard puisqu’ils sont là. Si on est vraiment inquiet, il ne faut pas en faire.

Comment avez-vous vécu ce début d’année avec les attentats contre « Charlie Hebdo » ?

Comme tout le monde, j’ai été bouleversé, choqué, horrifié. Je ne dis pas « Je suis Charlie » car je ne comprends pas ce que cela veut dire. Moi, je suis Daniel. Je n’ai pas manifesté car je ne manifeste pas. Je vis les choses chez moi à ma façon. Chacun fait ce qu’il veut dans le respect de l’autre. Je n’ai pas une grande gueule. Je ne sais pas faire ça !

Jamais été tenté par la politique ?

Jamais ! C’est un métier à part. J’ai des convictions mais je n’aime pas le mélange des genres. Pour moi, les hommes politiques ont commencé à perdre leur crédibilité quand ils se sont mis à faire des émissions de variétés avec nous. On m’a approché plusieurs fois. Maintenant, ils ne le font plus car ils savent…

De Marion Cotillard à Leonardo Di Caprio, des artistes se mobilisent pour la planète. Êtes-vous soucieux de l’environnement ?

Je me sens concerné. Je fais du tri sélectif. Je pense que c’est un bon point de départ. Si chacun balayait devant sa porte, la planète s’en porterait bien mieux.

Une de vos filles, Aurore, est actrice. Fierté ?

Totalement. Ça s’est passé en deux temps. Le premier, c’est quand elle vous apprend qu’elle veut faire ce métier. On se demande si elle est douée pour ça, si c’est une vraie vocation. Après, on s’aperçoit qu’elle l’est, qu’elle a bien fait et c’est un soulagement. La suite, c’est son choix de vie. On a envie de jouer ensemble. On serait bien sur scène. Etre sur scène avec quelqu’un qu’on aime, c’est beau et puissant.

Vous êtes grand-père mais aussi père d’un garçon de cinq ans et demi. Ça permet de rester dans le coup ?

Quand on a un enfant à 30 ou 40 ans, tu te dis que tu as du temps. Là, je suis dans l’urgence du présent. Ce soir, je ne pourrai pas lui raconter d’histoire mais je pars assez tôt pour pouvoir l’embrasser avant la nuit. Mais dire que ça rajeunit, c’est de la foutaise. Quand on le porte sur son dos, ça paraît plus lourd qu’avant. Mon souci, c’est de ne pas avoir mal aux genoux. J’ai 65 ans. Ce n’est pas l’âge qui fait changer les choses. C’est la santé et l’énergie. Pour l’instant, ça va. C’est à 80 ans que ce doit être plus compliqué.

Vous êtes donc soucieux de votre physique ?

Tu ne le vois pas ?

Si, si. Je vous vois rajeuni et toujours svelte. Vous faites du sport ?

Toujours pas ! Je fais attention. Mais pas dans la douleur. Je fais attention à ce que je mange. Je suis dans le plaisir de l’ascète. Mais je peux aussi me faire plaisir en mangeant du fromage et des frites.

Vous a-t-on reproché d’avoir déclaré sur le plateau d’Ardisson que vous aviez fumé du shit ?

C’est Dave qui l’a dit ! Et j’ai confirmé. Mais je ne comprends pas que cela soit un sujet de conversation. Ce sont des futilités. C’est navrant. Aujourd’hui, tout est monté en épingle, donc je suis dans le contrôle. Mais là, je n’ai rien contrôlé. Oui, jeune, j’ai fumé mais ni plus ni moins que beaucoup de gens.

Vous méfiez-vous des médias ?

Non, car je n’ai rien à cacher. Plus jeune, j’ai été la cible de certains médias pour des histoires de couple. Ça m’a un peu pourri la vie mais ce n’est rien à côté d’un cancer du poumon – que je n’ai pas, je vous rassure.

Qu’en est-il du troisième volet de la trilogie de Pagnol, « César » et de votre projet «Barbe bleue», d’Amélie Nothomb?

Rien. Et c’est frustrant, mais ce n’est pas moi qui ai l’argent ! C’est mou donc j’arrête. Je ne suis pas armé pour convaincre des décideurs. Je ne sais pas faire ça. Il me faut un producteur qui le fasse pour moi. Aujourd’hui, c’est compliqué. Le désir des gens ne suffit plus ! J’ai un projet avec Jaco Van Dormael, mais cela ne dépend pas de nous. Ça dépend des financiers. C’est dommage. Mais je continue ailleurs, rien ne peut m’arrêter.

L’un de vos prochains films est «Kalinka», de Vincent Garenq, où vous incarnez André Bamberski. Vous sentez-vous plus impliqué avec un sujet inspiré d’un fait réel ?

Non. Même si j’ai rencontré Bamberski. Je fais attention à ce que je dis et fais en accord avec le metteur en scène car ça met en cause des personnes et des douleurs. Mais je reste un acteur. Ma responsabilité est d’être le plus crédible possible.

Que vous apporte ce métier ?

Ça a été ma planche de salut. C’est un repoussoir à l’angoisse. Jouer, être dans le succès, l’insuccès, ma passion m’empêchent de penser. Et ça me repose. Car je me pose de mauvaises questions et cela me fatigue.

Croyez-vous en Dieu ?

Je m’interroge. J’ai été élevé dans la religion catholique. Aurore et Zach’ ont été baptisés. Nelly, officiellement, non. Mais avec sa sœur Aurore, on est allés tous les deux la baptiser à l’église Saint-Sulpice. En fait, je suis croyant.

Qu’aimeriez-vous laisser à vos enfants ?

Rien que de l’évoquer me fait penser que je peux partir et je n’aime pas. Mes parents ne sont plus là et c’est une grande tristesse. J’y pense tous les jours. Avant de monter sur scène, par exemple. Dans la rue, je parle à ma mère. J’espère que mes enfants resteront connectés à moi. Et cela n’a rien de mystique.

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