L’avocat Michel Graindorge est mort: 50 ans dans l’histoire judiciaire belge

Le décès, dimanche, à l’âge de 75 ans, de l’avocat Michel Graindorge prive le monde judiciaire belge d’un plaideur tenace et controversé qui utilisait les causes qu’il défendait comme autant de mises en cause de la société. «  Pour qu’il soit grand, un procès doit apporter quelques réponses », aimait-il dire, considérant que la grandeur d’une cause ne se mesure pas à la médiatisation de celle-ci, mais bien à l’importance qu’y investit l’avocat au bénéfice de son client, fût-il modeste. Il fut pourtant au cœur de grandes affaires. Les « Tueries du Brabant » excitaient encore, ces dernières années, sa soif de savoir, aux côtés des familles des victimes en quête d’une réponse à leurs tourments depuis bientôt 30 ans. Il fut aux côtés de celles du génocide rwandais.

Héros de sa propre affaire

Michel Graindorge fut aussi le héros de sa propre affaire lorsqu’il fut placé quatre mois en détention préventive après l’évasion spectaculaire, en 1978, de François Besse, le lieutenant de Mesrine, d’une des salles de la chambre du conseil de Bruxelles. Il fut acquitté après avoir subi les assauts d’un ministère public qui voyait en cet « avocat complice », gauchiste patenté, celui qui avait nécessairement dissimulé sous le banc d’infamie du truand le revolver de la liberté.

De gauche, il l’était sans plus se rattacher à l’une ou l’autre chapelle. Dès 1961, en réaction à des parents qui l’avait inscrit chez les jésuites, Michel Graindorge avait rallié le parti communiste. En 1963, il fonda avec Jacques Grippa, le Parti communiste marxiste léniniste (PCML) dont il fut exclu quatre ans plus tard, sans renier ses convictions politiques. Il fut au cœur de l’occupation de l’ULB en mai 1968. C’est à cette époque qu’il créa à Bruxelles Infor-Drogues, avec Jacquez Zwick et Claude Bloch et qu’il mena une croisade contre l’enfermement des enfants qui s’entassaient dans des homes infâmes, comme « Vrij en Vrolijk », à Braschaat. Il mit aussi sur pied le « Comité de défense des prisonniers politiques en RFA » et plus tard, celui contre le bannissement des Marocains, victimes des doubles peines.

Son attachement idéologique, mais critique, à la gauche radicale ne l’empêcha pas de prendre la défense du baron de Bonvoisin, figure de l’extrême droite, au nom de la « critique d’un système ». C’est surtout la défense de Michel Strée, le jeune pirate qui détourna un bus de Vielsalm à la RTBF en 1980, qui lui permit de mettre en œuvre la plaidoirie quasi politique contre un système qui fabriquait des jeunes sans devenir, des vieux sans revenus.

Graindorge, agnostique, était aussi pétri de spiritualité. L’image de Jésus le fascinait. Il s’en était expliqué avec profondeur dans son dernier livre, « Tout compte fait » paru chez Couleurs Livres. Michel Graindorge s’est éteint à la clinique Sainte-Elisabeth. Il laisse deux garçons et une fille, la violoniste et comédienne Catherine Graindorge.

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