Trop peu de productions belges à la télé

L’Observatoire européen de l’Audiovisuel a étudié les grilles de 140 chaînes. En Belgique, trop peu de fiction « fait maison ».

Ex-journaliste au service Culture Temps de lecture: 4 min

Cette nouvelle étude de l’Observatoire européen de l’Audiovisuel (OEA) s’est étalée sur sept ans et concerne dix-sept pays européens. L’organisme a récolté des données sur la programmation de fiction (séries, feuilletons, animations, longs-métrages et courts-métrages) sur 140 chaînes publiques, privées, généralistes et thématiques. Pour la Belgique francophone, l’étude n’inclut pas toutes les chaînes, uniquement La Une, La deux, RTL-TVI, Club RTL et Be1. Du côté flamand, Een, Canvas, Ketnet, VTM, 2BE, Vier, Prime Action et Prime Star. Le Soir s’est procuré le rapport détaillé, quatre conclusions méritent d’être analysées.

1 De moins en moins de fictions. La télévision européenne tourne doucement le dos au genre. Entre 2006 et 2013, le temps consacré à la fiction dans les grilles est passé de 53,1 % à 50,5 % pour les 13 pays analysés. D’après Sarah Sepulchre, chercheuse à l’Ecole de communication de l’UCL, cette évolution n’est pas si surprenante. « On assiste ces dernières années à une plus grande différenciation des genres télévisés. Avant, la fiction se retrouvait seule face aux émissions d’information. Aujourd’hui, les programmes de divertissement et de téléréalité se sont diversifiés. Il y a plus de concurrence pour la fiction. C’est étonnant car la fiction reste un genre qui attire les spectateurs. La question est de savoir si la fiction diminue à cause de la multiplication des genres ou parce que les spectateurs regardent leurs séries et films sur d’autres supports. »

2 Les chaînes privées

devant les chaînes publiques. Parmi les chaînes généralistes intégrées à l’étude, on remarque une différence entre le public et le privé. La fiction, et surtout les séries, prend plus de place sur l’ensemble des programmes des chaînes privées. « Ça n’a pas toujours été comme ça, commente la spécialiste. La fiction sur les chaînes publiques s’est beaucoup affaiblie. Particulièrement chez les francophones, la fiction a vu sa réputation se dégrader dans les années 80 et 90. Il fallait faire des reportages, des magazines d’actualité, etc. Du contenu plus sérieux. Le changement se fait petit à petit, la chaîne publique recommence à lancer des fictions. C’est très difficile pour la RTBF de dire qu’elle va multiplier son budget fiction du jour au lendemain. Et le professionnalisme s’est perdu entre-temps. Il faut reformer les acteurs, les réalisateurs, les producteurs… »

Toujours en suivant l’exemple belge, Sarah Sepulchre remarque que les chaînes privées sont moins complexées sur ce point. Elles ne vont pas hésiter à programmer tel ou tel feuilleton à succès, parce que l’audience sera au rendez-vous. « C’est aussi une facilité de leur part. »

3 Les productions européennes gagnent du terrain. L’Observatoire européen de l’Audiovisuel s’est également penché sur l’origine des fictions qui occupent nos écrans. Les fictions non européennes proviennent des Etats-Unis en grande partie. Celles-ci perdent quelques points mais représentent toujours 61 % du total des fictions en 2013 contre 63,7 % en 2006. Sur l’ensemble du territoire européen, les généralistes publiques ne dépassent pas les 60 %, sans doute à cause des quotas imposés dans la langue officielle du pays. « Vu de Belgique, on a l’impression qu’il n’y a que les fictions américaines qui comptent. Alors que la Grande-Bretagne, l’Allemagne sont de gros producteurs de fictions nationales et populaires. La qualité des séries britanniques et scandinaves est de plus en plus reconnue. »

Enfin, la France tire son épingle du jeu avec le nombre le le plus élevé de fictions européennes qui atteint les 60,6 % en 2013.

4 Toujours peu de « fait

maison » côté francophone. Notre pays est en bas de la liste concernant la diffusion de fictions propres. Alors qu’en 2006, le pourcentage était proche du zéro, en 2013, il augmente à 1,9 %. C’est très peu par rapport aux voisins. Les Français par exemple diffusent 31,3 % de fictions nationales. Et les Flamands, 8,8 %. « L’écart est énorme. Pourtant, ça n’a pas toujours été le cas. La Belgique francophone a arrêté de produire contrairement à la Flandre qui n’a pas perdu sa consommation de fictions flamandes. C’est un cercle vertueux. Quand les fictions nationales fonctionnent, la production est stimulée. Il suffit d’y investir le temps et l’argent », conclut la chercheuse de l’UCL.

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