Vania Leturcq: «Je veux faire des films où les gens se reconnaissent»

Dans sa jeune carrière, Vania Leturcq a déjà parcouru un joli chemin. Dès la fin de ses études à l’IAD, elle fait ses armes sur le terrain en assistant Vincent Lannoo sur Ordinary Man et Joachim Lafosse sur Ça rend heureux. Très vite, elle se met à la réalisation. Après trois courts-métrages de fiction (L. en 2006, L’été en 2009 et La maison en 2011) et deux documentaires (Eautre en 2004 et Deuilleuses en 2007), elle se lance dans l’aventure du long-métrage avec L’année prochaine, qu’elle décrit comme « un film de sensation, d’émotion et de ressenti ».

Comment vous est venue l’idée de ce film ?

J’avais très envie de parler d’une histoire d’amitié à la manière d’une histoire d’amour et de montrer qu’un lien d’amitié peut être aussi fort qu’un lien amoureux. Ado, je n’ai pas vécu d’histoire d’amour très passionnante. Par contre, je pense m’être construite grâce à des amitiés très fortes, et j’ai l’impression que c’est quelque chose d’assez répandu autour de moi. Je voulais donc montrer à quel point une rupture en amitié peut être douloureuse car c’est la première « vraie rupture », un peu comme une rupture amoureuse, mais aussi comment elle peut être formatrice. Lorsqu’on connaît quelqu’un depuis l’enfance, c’est très difficile de se sentir libre de devenir qui on veut devenir, un peu à l’image de ce qu’il se passe au sein d’une famille, où on est cadenassé dans un rôle. Dans le film, Clotilde et Aude ont chacune une image de l’autre. En restant ensemble, il est très difficile pour l’une et l’autre de dire qu’elles n’aiment pas telle ou telle chose. A cet âge-là, on croit que pour s’aimer, il faut aimer les mêmes choses. On n’a pas encore appris qu’on avait le droit de laisser l’autre devenir ce qu’il avait envie d’être.

Au-delà de ça, le film parle aussi beaucoup du passage à l’âge adulte…

J’avais envie de parler de cette période charnière. A 18 ans, on finit l’école et on doit décider de ce qu’on a envie de faire, de qui on veut devenir, alors qu’en général on n’en a qu’une vague intuition et pas de certitudes. C’est une période à la fois très forte et très violente. On fait des choix qui auront des répercussions énormes sur notre vie alors qu’on tâtonne…

Pour vous, ça a été une période de choix difficiles ?

Non, j’ai eu la chance, ou la malchance, de savoir très vite ce que je voulais faire. Par contre, j’étais très jeune quand j’ai commencé mes études de cinéma et ça a été un choc. Je viens d’une petite ville près de Namur et je suis partie étudier à l’IAD (l’école de cinéma de Louvain-la-Neuve, NDLR). C’était quelque chose de très différent et qui ne ressemblait en rien à ce que je connaissais. Grandir, c’est aussi quitter des gens, des lieux et des projections qu’on s’était faites. A l’adolescence, j’avais beaucoup de certitudes. J’étais par exemple sûre que je continuerais à voir mes amis de l’époque. Puis la vie vous fait prendre d’autres chemins… Quitter une petite ville est aussi difficile car c’est parfois mal perçu et même vu comme une insulte par certains…

Vous retranscrivez en partie cet aspect dans votre film, où Aude et Clotilde quittent la province pour la ville… Pourquoi avoir choisi Paris plutôt que Bruxelles ?

A la base, j’avais essayé de situer le scénario en Belgique. Mais je trouve qu’il y avait quelque chose de moins fort : lorsqu’on est à Bruxelles, on peut rejoindre à peu près n’importe quelle ville de province en une heure environ. Il n’y a pas d’éloignement géographique très fort et il n’y a pas non plus d’éloignement de mentalité, du moins pas autant qu’en France. D’ailleurs, en France, on parle de Paris et de la province. En Belgique on ne dit pas ça ! Je voulais qu’il y ait un vrai choc.

L’histoire de cette relation passe évidemment beaucoup par les interprètes… Comment les avez-vous choisies ?

Je voulais vraiment trouver un couple d’amies et explorer deux parcours : d’un côté, un personnage fermé et introverti qui va se découvrir complètement, et de l’autre un personnage hyperlumineux, frais, agréable, qui s’éteint. Au départ, j’étais réticente par rapport à ce premier personnage, qui est interprété par Constance Rousseau, car je la trouvais trop jolie, trop parfaite. Mais au fond, ne pas avoir une fille moins jolie pour ce personnage était plus intéressant car son physique n’était pas redondant avec ce qu’elle est.

Le film a eu beaucoup de succès et a déjà fait pas mal de festivals. Vous vous y attendiez ?

Ce qui est génial, c’est qu’on a terminé le film début août et que directement, nous avons été au Festival des films du monde de Montréal où il a reçu un prix. Après tout ce temps et tout ce travail, ça fait du bien qu’il soit vu et bien reçu. Ensuite, ça s’est enchaîné : Milan, Pékin, Valence, Atlanta… J’avais l’impression que cette histoire pouvait être universelle parce que ce n’est pas lié à une culture. Et ça me le confirme.