«Les Blés, les euros de Grez-Doiceau»

Ce dimanche 26 avril, de 11 à 16 h, dans la cour de l’école attenante à la maison communale, les habitants de Grez-Doiceau pourront, à l’occasion des festivités de la Saint-Georges, échanger leurs euros contre des « Blés », acronyme de « Bon local pour l’économie solidaire ». L’initiative en revient à « GeT’It », l’atelier de l’ASBL « Grez en Transition pour l’Investissement en transition ». Entretien avec Éric Luyckx qui copilote le projet avec Émilie Ronsse.

« GeT’It » laisse surtout entendre que le projet est mûr…

Cela fait cinq ans que nous avons lancé « Grez en transition » et que nous avons initié divers projets pour mieux surmonter ensemble les crises multiples auxquelles nous devons faire face. Les Blés seront ainsi les euros de Grez-Doiceau !

Pas pour vous faire du blé ?

C’est tout le contraire du but recherché puisque notre espoir est de partir de cette initiative pour en lancer de nouvelles : plate-forme d’échanges, couveuse de projets, microbrasserie ou boulangerie, épicerie collaborative, ...

Quelle valeur aura cet argent ?

Petite particularité, on dira un Blés comme des Blés

. Mais ils auront la même valeur qu’un euro. Et pour chaque Blés acheté, un euro sera placé sur un compte afin qu’il puisse être rendu au cas où la personne ne veut plus l’utiliser au quotidien. Mais la valeur recherchée est surtout de mettre ces Blés en service pour associer citoyens et sociétés locales dans un projet partagé, positif et véritablement concret pour l’économie locale.

Quelle sera alors la véritable différence de ce Blés ?

Pour cela, il faut partir de l’euro. Prenez le cas d’un Grézien qui travaille à Bruxelles. L’argent gagné sera dépensé en partie à Grez-Doiceau, par exemple au Colruyt pour ne pas le citer. Ces euros permettront de financer le salaire des Gréziens qui travaillent dans cette grande surface, mais tout le reste repartira en Belgique ou à l’étranger pour l’achat de nouveaux produits. Avec le Blés, l’argent restera dans Grez-Doiceau et irriguera une économie conviviale et éthique, stimulant les circuits courts.

Pour cela, il faut des commerçants qui les acceptent…

Nous en avons déjà 25 qui participent au projet, du boucher au plombier, fleuriste ou maraîcher. Pour ces personnes, cela ne change rien pour la comptabilité ou les impôts, mais cela pourra leur permettre de fidéliser une clientèle locale.

Objectif : une année pour convaincre

On connaissait déjà «l’Epi lorrain» dans le sud du pays, le «Ropi» à Mons ou encore le «Minuto» à Braine-le-Comte. Voilà désormais, en Brabant wallon, le «Blés» qui vient s’installer avant le «Talent» dont on attend le lancement à Ottignies-LLN depuis juin 2013.

«On n’a pas reçu le subside escompté, nous explique Stéphane Vanden Eede, un des initiateurs du Talent. L’avantage du Blés, c’est qu’il s’adresse à un petit territoire. Sur Ottignies-LLN, il est nécessaire de disposer de moyens financiers et humains plus importants pour nous lancer dans l’aventure. Mais le projet n’est pas abandonné. On est même allé voir comme cela tourne à Arlon où l’Epi lorrain est même devenu électronique.»

A Grez-Doiceau, le Blés est soutenu, comme ailleurs, par FinanCité, le réseau francophone des monnaies locales de Belgique. Pour financer l’équivalent des 52.500 Blés mis en route dans une première phase, ainsi que les autocollants qui seront affichés sur les vitrines des commerces participants et la campagne de publicité, il faut déjà quelque 5.000 euros de mise de départ.

«C’est la raison pour laquelle nous faisons appel au public pour soutenir financièrement le projet via la plate-forme internet www.kisskissbankbank.com, nous explique Eric Luyckx. Chacun peut intervenir, même déjà pour cinq euros. Nous disposons déjà du tiers de la somme.»

Le Blés se donne un an d’existence avant de faire son bilan. L’espoir est que les citoyens et les commerçants deviendront membres de «GeT’it» et signeront une charte qui explique en huit items la philosophie du projet. Cela va de l’éthique économique ou environnementale à la démocratie participative ou à l’éducation et la sensibilisation.

Et après? Pour Eric Luyckx, «le Blés se présente pour l’instant sous la forme de billets, mais il va de soi que l’on aimerait qu’il passe également sous format électronique afin de faciliter les paiements entre commerçants ou les paiements automatiques».

Et les euros, équivalents des Blés, qui seront placés sur un compte, qu’en fera-t-on? «Dans un premier temps, ils serviront à rembourser les gens qui veulent quitter le système. On ne veut pas d’un krach du système! Mais notre espoir est que l’on puisse dans un an commencer à utiliser une partie de cette somme pour accorder des microcrédits afin de permettre la création de nouveaux projets locaux.»