Mais qui va hanter nos châteaux?

Ma fille qui commence ses études supérieures me demande : « que dois-je faire pour réussir dans la vie ? ». Je lui réponds d’un proverbe chinois redoutable : « Posséder deux métiers est plus précieux que de posséder un seul château ». C’est évident, investir en ses excellences est un excellent investissement.

Mais, cela ne fait pas l’affaire des propriétaires de ces immenses bâtisses – souvent flanquées de parcs et propriétés, voire de bois et de chasses. Elles font réellement partie de notre patrimoine, mais nombreux d’entre eux sont en péril. Tant en péril physique – leur rénovation durable se faisant attendre – mais aussi en péril de sens… Que pourra-t-on encore y faire – nous qui aspirons à des petites maisons cosy et faciles à l’entretien… ?

Face à des changements de vie, peu d’héritiers se sentent d’attaque pour y investir toute leur vie et moyens financiers… Il est loin le temps de « Downtown Abbey ». Ils n’ont pas non plus ces idées qui permettent de leur donner une destination durable économiquement.

Et pourtant, ceux-ci ne sont pas tous voués à disparaître aux mains de Russes ou Chinois, en recherche d’investissement « couleur locale » dans la vieille Europe, pour autant que nous ayons de l’imagination et de la rigueur. Ces demeures ont une histoire, et il est en effet possible de leur trouver plus de 50 nouvelles destinations systémiques, créant de la valeur, et rentables.

Jugez plutôt :

Le château de Chimay toujours aux mains de ses propriétaires, développe un restaurant gastronomique prisé par les entreprises. D’autres, plus nombreux, ont aménagé salle de mariage, salle de séminaire, parc ouvert au public lors de manifestations locales.

Le Val saint Lambert, à Seraing, a superbement réussi une reconversion en combinant business (centre d’affaires et de co-working), tourisme et culture, pour ne pas oublier l’histoire. Demain s’ajouteront du résidentiel, des magasins, musée, centres de sport et même une nouvelle verrerie… Quand certains laissent leur imagination vagabonder, une véritable ville peut renaître.

Plus loin, en Bas Poitou, le château de la Guignardière est devenu un parc d’attractions reconnu dans la région. Près de Rennes, le château de la Vallée se transforme lui aussi en espace de co-working très prisé, au milieu d’un superbe parc.

En France toujours, certaines agences immobilières se spécialisent dans la vente de « château à partager » : appartement, espaces communs, bureaux, crèche… Tout y est prévu pour y créer un nouveau quartier. Né au Danemark dans les années 60, c’est en Allemagne que le « co-habitat collectif mixte » se développe le plus aujourd’hui, et représente 10 à 15 % du marché du logement ; une avancée considérable ! Certains châteaux avec leurs dépendances s’y prêtent très bien.

Au Luxembourg, le château de Walferdange, ou encore celui de Wiltz sont devenus deux universités. Pour combler un manque et éviter de la « surconstruction » ?

En France encore, le château de Mercy, près de Metz, est en passe de devenir un centre de bien-être, mené par un investisseur privé.

Tous ces exemples prouvent que les idées ne manquent pas. Cliquez ici pour avoir la liste de 58 nouvelles affectations pour nos châteaux.

Le logement reste pourtant la reconversion première et classique chez nous. Et pour cause : nous disposons en Belgique d’un patrimoine immobilier « à vendre » de plus de 25 milliards d’Euros. Et nous manquerons de 300.000 logements en Wallonie d’ici à 2030. En même temps, nous manquerons bientôt de terrains, nous voulons protéger notre nature… Et nous ne savons plus dans quoi placer notre argent pour qu’il nous rapporte encore quelque chose ET qu’il fasse fonctionner l’économie. Vous voyez les liens entre tous ces éléments ? Les mettre ensemble nous fait entrer dans la nouvelle économie où tout le monde est gagnant. Les atouts énormes des châteaux sont :

– leur parc, jardin, bois et biotopes naturels : d’une valeur inestimable ;

– leur calme : dans un monde stressé, les lieux calmes sont très précieux ;

– leur histoire : important de s’y reconnecter, et d’y puiser une énergie forte ; le château était souvent le point de ralliement social, le lieu où les villageois venaient se réfugier ou recevoir des instructions à suivre, la vision à adopter ; il peut redevenir un lieu de vision d’avenir.

– le patrimoine : important aussi de le maintenir car cela fait partie du charme de nos campagnes ;

– les espaces : originaux, diversifiés, peuvent s’adapter aux 50 destinations différentes proposées ;

– l’ambiance : permet de sortir du train-train quotidien ; c’est important car nous devons oser sortir des clous pour réinventer notre société et économie ;

– exclusif : le sentiment d’y être privilégié donne la reconnaissance (besoin de base) aux visiteurs et participants

– rayonnement : un projet bien ficelé rayonnera très facilement sur les environs

– sécurité : entouré parfois de douves et/de murs, ce sont des endroits qui peuvent être sécurisés – si le projet l’exige

Alors, le château ou même la grande maison jusqu’ici unifamiliale belge pourrait-il devenir un nouvel espace de vivre ensemble, hantés par nos rêves d’une économie et société qui contribue au bien commun ? Avec l’aide du politique, il s’agirait peut-être de LA solution la plus simpliste pour réhabiliter tous ces biens invendables aujourd’hui et répondre aux besoins émergents et futurs.

Un beau défi n’est-ce pas ?

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