Exit, Jean-Marie Le Pen?

Marine Le Pen sera à la tête d’un bureau exécutif qui décidera lundi de l’avenir de son père au sein du FN.

Envoyée permanente à Paris Temps de lecture: 4 min

Marine Le Pen ira-t-elle jusqu’au bout ? La présidente du Front national est-elle prête à exclure son père du parti qu’il a lui-même fondé ? Après un 1er mai cauchemardesque, la patronne de l’extrême droite doit présider ce lundi un bureau exécutif du parti transformé en instance disciplinaire. Et à l’écouter ce dimanche sur Europe 1, elle semblait déterminée à rompre pour de bon avec celui qui a fait prospérer le mouvement pendant quarante ans.

« Jean-Marie Le Pen ne doit plus pouvoir s’exprimer au nom du Front national, ses propos sont contraires à la ligne fixée », a-t-elle expliqué avant d’asséner que ses propos ne pourraient plus engager le mouvement. Mais à la question de savoir si elle retirerait à son père son titre de président d’honneur, elle a botté en touche. «  Je réserve mon opinion pour mes pairs  », a-t-elle esquivé.

Neuf hauts cadres du parti se réuniront à huis clos en fin d’après-midi ce lundi. Ils devraient entendre les explications du patriarche sur ses récentes déclarations à RMC (il avait répété que les chambres à gaz n’étaient pour lui qu’un « détail de l’histoire »)ainsi qu’à Rivarol (il avait défendu Pétain et «  le monde blanc  ») si toutefois celui-ci, hospitalisé récemment pour des problèmes cardiaques, consent à se déplacer. Lors de l’hommage à Jeanne d’Arc, vendredi, le « Menhir » est resté flou sur ses intentions. Mais son attitude a achevé d’ulcérer sa fille. Montant sur la tribune alors qu’il n’y avait pas été invité, il avait savouré pendant de longues secondes l’ovation de ses partisans. «  C’est inadmissible. Il outrepasse complètement les prérogatives de son statut personnel », estime Marine Le Pen. « J’ai le sentiment qu’il ne supporte pas que le Front national continue d’exister alors qu’il n’en a plus la direction », a-t-elle poursuivi parlant d’« actes de malveillance ».

Mais comment sanctionner celui qui a pris soin de bétonner son statut de président d’honneur comme il avait autrefois blindé son statut de « président à vie » du FN avant finalement d’en céder les commandes en 2011 ? Ses mandats (Jean-Marie Le Pen est toujours député européen et conseiller régional de la région Provence-Alpes-Côte d’Azur [Paca]) ne peuvent lui être retirés. Et théoriquement, si l’on suit les statuts du parti, il faudrait un congrès pour pousser l’octogénaire dehors. Un blâme ou une suspension provisoire serait dès lors l’hypothèse la plus crédible. Mais ce qui semblait encore possible après le geste d’apaisement qu’a constitué son retrait de la campagne régionale en Paca au profit de sa petite fille Marion Maréchal est-il encore envisageable après les dernières provocations ? C’est elle et elle seule que les militants ont élue à 100 % au dernier congrès, tient-elle à rappeler.

Mais on mesure toute la difficulté pour elle de tuer le père. Vendredi, dans le cortège du 1er-Mai, beaucoup reprochaient à Jean-Marie Le Pen ses « formules outrancières  ». Mais parmi tous les militants rencontrés par Le Soir, pas un, pas un seul, n’a prétendu que Jean-Marie Le Pen avait tort sur le fond.

Électeurs contre noyau dur

Le vieux patron de l’extrême droite conserve ses aficionados. S’en séparer reviendrait pour Marine Le Pen à tenter un pari : s’adresser directement aux électeurs en s’écartant du noyau dur. Pour ses lieutenants, il n’y aurait pas d’autres voies possibles pour empêcher celui qui est devenu un « boulet » de parasiter l’ascension programmée de sa fille. Car des formules chocs aux nouvelles révélations éventuelles sur son compte en Suisse (Marine Le Pen a répété ce dimanche qu’elle n’était en rien au courant de ses affaires patrimoniales), le pouvoir de nuisance de Jean-Marie Le Pen reste intact. Florian Philippot, vice-président du FN, met en avant un sondage qui donne Marine Le Pen « à son plus haut niveau historique » : selon l’institut BVA, 26 % des Français seraient prêts à voter pour elle lors de la présidentielle de 2017. Mais seulement 2 % des sondés souhaiteraient encore voir Jean-Marie Le Pen jouer un plus grand rôle dans la vie politique.

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