Le MR va actualiser sa doctrine

Les libéraux francophones entameront en septembre un processus de réflexion d’un an. Cinq thèmes ont été définis, pour une réflexion ouverte à tous.

Journaliste au service Monde Temps de lecture: 5 min

Le PS a son Chantier des idées, le CDH ouvre les portes et les fenêtres aux nouvelles idées (et recrues), le nouveau tandem Ecolo va renouveler son projet… Et le MR là-dedans ? Olivier Chastel a annoncé, vendredi, à la tribune du Premier mai, un travail doctrinal de longue haleine. A la barre, le Centre Jean Gol, et plus précisément son administrateur délégué, Richard Miller, qui nous décrit l’opération.

Dites « actualisation », pas « refondation ». Le travail doctrinal sera lancé à la rentrée de septembre, pour se terminer à l’automne 2016, par l’adoption des textes de conclusion. « Il ne s’agit pas de refonder la doctrine du MR, insiste Richard Miller. Notre fond doctrinal reste inchangé. Nous sommes solides sur nos idées, on voit bien qu’elles portent, que c’est autour d’elles que se fait le débat, que c’est nous qui le menons, ce combat d’idées. Avec la configuration politique actuelle, qui est inédite, le débat politique a été ranimé. On est sortis du consensus social-démocrate. » Pourquoi, alors, cette opération ? Pour faire comme les autres partis ? Le « chef de projet » s’en défend. « La société, le monde, évoluent très vite. Nous ne pouvons pas nous permettre de décrocher. Nous voulons rester la force de propositions, que nous avons été, et que nous sommes, par rapport à ces évolutions. Le résultat, ce sera un congrès d’actualisation. »

Cinq thèmes, un an de réflexion. La direction du MR a balisé le travail : cinq thèmes ont été définis, qui seront tous débattus dans toutes les fédérations. Un, « l’Etat garant des libertés ». « Cela va de l’organisation du système électoral à la lutte contre les discriminations et les idéologies liberticides, en passant par le vivre-ensemble, ou la sécurité. C’est aussi voir comment on passe de l’Etat mêle-tout à l’Etat efficace », explique Richard Miller. Deux, « la relance économique », qui brasse large, du chômage des jeunes aux accords commerciaux internationaux. Trois, « le modèle social dynamique ». « La vision sociale du MR est en rupture avec l’Etat providence, qui atteint ses limites, en termes de financement mais aussi d’efficacité », analyse le patron du Centre Jean Gol. Quatre, « une Europe unie et renforcée ». « Les sujets ne manquent pas : l’euro, une Défense commune, l’immigration, le respect des valeurs démocratiques. Quand on voit que la Hongrie songe à rétablir la peine de mort, on se dit qu’il faudrait une règle d’or démocratique, comme existe la règle d’or budgétaire. Mais on doit aussi réfléchir à la réindustrialisation de l’Union européenne, ou à son marché énergétique. » Cinq, « un monde meilleur et plus juste ». C’est dans ce chapitre que les libéraux réfléchiront aux problèmes d’environnement, de migration, de pauvreté…

Un processus ouvert à tous. Le CDH veut « ouvrir portes et fenêtres ». Et le PS présentera demain la prochaine étape de son Chantier des idées, désormais « ouverte à tous les progressistes ». Le MR n’est pas en reste, « Olivier Chastel veut décentraliser au maximum l’opération, à travers les fédérations et les sections. Il souhaite aussi l’ouvrir au public. Les débats seront donc accessibles à tous les citoyens. Les votes, eux, seront bien sûr réservés aux membres du parti. » XXIe siècle oblige, les contributions, internes ou externes, seront également possibles via les réseaux sociaux et autres outils numériques que le MR dédiera à l’opération dès septembre. Des experts seront invités à participer aux échanges. En filigrane de ce travail d’ouverture s’inscrit bien sûr un objectif de conquête de nouveaux électorats. « Nous allons essayer de trouver les meilleures réponses aux débats sociétaux, et on espère qu’ensuite, les gens nous feront confiance pour les mener à bien », concède Richard Miller.

Pas de tabou, qu’ils disent. Si certains enjeux clés ne sont pas explicitement cités, ils se « cachent » derrière d’autres. Ainsi l’enseignement est-il envisagé comme un élément majeur du vivre-ensemble, à améliorer. Quid de l’avenir de la Belgique, qui risque bien d’être posé dès les prémices de la campagne de 2019 ? « Nous mènerons notre travail doctrinal en nous appuyant sur le travail du gouvernement, qui ne prévoit pas de réforme de l’Etat », botte en touche Richard Miller. Sous cette législature ; mais la N-VA installe peu à peu l’idée qu’elle pourrait remettre sur la table, en 2019, les exigences communautaires (notamment pour corriger cette « mauvaise » loi de financement). « On touche là au questionnement que nous aurons sur le rôle et donc la nature de l’Etat. Vous savez, on n’a pas eu ce type de réflexion, au MR, depuis les années 80, avec Jean Gol et le congrès de Tournai. La philosophie de l’Etat que nous défendons date de cette période. » Pour le reste, Richard Miller voit aussi dans ce processus l’occasion d’enfin trancher certaines questions. « Exemple : faut-il supprimer l’obligation de vote ? Cela fait des années qu’on en parle au sein du MR, on n’a jamais tranché. on travaillera aussi sur l’octroi du droit de vote dès 16 ans… » Olivier Chastel entend mettre à profit cette longue période sans élection (sauf crise gouvernementale, rien avant octobre 2018) « pour ne pas se reposer sur ses lauriers, mais préparer la suite, avec des militants qu’on sent plus motivés que jamais », conclut son porte-parole. La suite, c’est concrétiser dans les urnes notre sondage de jeudi : prendre le leadership sur la scène politique francophone.

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