Mères porteuses: l'édito de Béatrice Delvaux

Une bourse des mères porteuses. L’idée choque et le faible soutien, ainsi que la rare assistance à ce marché de la gestation pour autrui, démontrent à suffisance le malaise qui entoure la présence revendiquée, à Bruxelles, de ces « marchands d’enfants » américains. Mais une fois qu’on s’est indigné, il reste une réalité. Et ce n’est pas en jouant les pères de la morale qu’on va régler la question : nombre d’adultes, homosexuels mais pas uniquement, remuent ciel et terre pour trouver celle qui va leur permettre d’avoir cet enfant que la nature ne leur permet pas (plus) de porter.

Il faut avoir eu cette envie d’enfant pour mesurer à quel point y renoncer est insupportable, voire insurmontable. De là à vouloir en obtenir un à tout prix ? Le « peepshow » de la grossesse à Bruxelles ce week-end nous a renseignés sur le chiffre que le « marché » plaque sur ces 9 mois pour lesquels toute quantification paraît ignominieuse. Mais là encore, on joue aux vierges effarouchées, car aujourd’hui, hors de toute visibilité, à la tête (désespérée) du client et dans un contexte de mafia, des adultes marchandent la location d’un corps.

Les politiciens belges qui se sont émus de la tenue de ce « salon » ont rappelé à raison que ce ne sont pas le déni ou la condamnation morale qui mettront de l’ordre dans ces pratiques, mais une loi. Des projets sont déposés à la Chambre. Même s’il sera très ardu de se mettre d’accord sur ces matières où l’émotion, la morale de chacun et l’évolution scientifique voisinent.

Quelque chose nous dit que les accomplissements de la Belgique en ces matières (comme dernièrement sur l’euthanasie des mineurs) seront plus difficiles. Dans un contexte qui tend à la morale et à un conservatisme des valeurs, on peut même penser que les partis qui portent traditionnellement ces avancées hésiteront à être en pointe. Pour preuve, le rétropédalage récent du PS, suite à la commotion à l’intérieur du parti et dans les rangs syndicaux, à l’idée que le parti aurait voulu fixer la majorité sexuelle à 14 ans.

Les combats éthiques divisent, et certains pensent qu’on est déjà allé assez loin. Faire une pause sur les sujets éthiques et se concentrer sur les combats économiques : cela risque d’être l’air du moment, au risque de laisser les zones d’ombre, fatalement glauques, réguler les passions humaines.