Renvoyé aux assises, Bernard Wesphael entend obtenir son acquittement

Place à la phase de jugement : l’ex député sera traduit à Mons. Le dossier est confié à une juridiction francophone.

Journaliste au service Société Temps de lecture: 4 min

Le renvoi aux assises pour le meurtre de Véronique Pirotton, décidé aujourd’hui par la Chambre des mises en accusation de Gand, délègue aux jurés du Hainaut la responsabilité de statuer sur la responsabilité de l’ex-député wallon Bernard Wesphael dans la mort de son épouse dont le corps sans vie avait été découvert, le 31 octobre 2013, dans la chambre 602 de l’hôtel Mundo à Ostende. Conformément aux dispositions de la loi sur l’emploi des langues en matière judiciaire, l’inculpé a sollicité son renvoi devant une cour d’assises francophone. Celle du Hainaut, siégeant à Mons, a été désignée : elle est la plus proche des lieux où le meurtre présumé fut commis. La date du procès n’a pas encore été fixée, affirme le parquet-général de Mons. Il est vraisemblable qu’il devrait se tenir en décembre 2015. La traduction du dossier en français (y compris, comme le veut la procédure, les témoignages et dépositions faits en français et traduits en néerlandais qui ont dû être retraduits…) est quasiment terminée.

Le procès à venir sera aussi historique. Ce sera la deuxième fois dans l’histoire de la Belgique qu’un député sera traduit devant la cour d’assises pour y répondre d’un meurtre. En 1886, le député bruxellois Gustave Vander Smissen avait abattu son épouse. Dans cette affaire la presse fut accusée de tous les maux. Elle y répliqua.

Il sera sans nul doute question de la presse, également, lors du procès de Bernard Wesphael, lui aussi accusé du meurtre de sa femme qui le trompait. Au cours des 18 mois précédant la décision de renvoi aux assises, les publications relayant avec force ses proclamations d’innocence ou le caractère confondant des charges qui accréditeraient sa culpabilité, se sont multipliées.

Alcool et médicaments

L’ex-député Wesphael n’a pas varié de sa ligne de défense depuis son premier interrogatoire. La mort de son épouse, Véronique Pirotton, il l’attribue à un suicide, voire à l’effet destructeur d’une consommation combinée d’alcool et de médicaments. Il réfute en tout cas « avoir tué  », et forcément « avoir voulu tuer » son épouse. Les faits, initialement qualifiés d’assassinat (le meurtre prémédité) ont été requalifiés en meurtre. La juge d’instruction décelait au lendemain des faits des indices permettant de croire à l’assassinat : le départ solitaire de Véronique Pirotton à la côte qui voulait divorcer, le fait que Bernard Wesphael l’avait rejointe à l’hôtel Mondeo, sans y avoir été invité, sans emporter avec lui des vêtements de rechange ou une trousse de toilette.

Une violente dispute avait effectivement opposé les époux après que Véronique Pirotton ait été jointe, par téléphone et SMS dans sa chambre d’hôtel par son ex-compagnon et amant de retour, O. Bernard Wesphael soutenait qu’après cette dispute qui les avait physiquement opposés, il aurait fait une sieste. C’est pendant celle-ci que Véronique Pirotton se serait effondrée, morte, dans la salle de bains de la chambre d’hôtel.

Cette version des faits est sujette à caution. Des voisins situent le bruit de la dispute finale dans un espace-temps incompatible avec la version de Bernard Wesphael, ce que ce dernier conteste.

« Perdu tout contrôle »

Au fil des mois, le parquet avait, devant la Chambre du conseil qui renouvela durant dix mois le mandat d’arrêt délivré à l’ex-député wallon, donné sa lecture de l’affaire : «  Le comportement et le caractère de la victime peuvent plutôt être considérés comme un trigger (NDLR : gâchette, déclencheur) par lesquels à un moment donné l’inculpé a probablement perdu tout contrôle avec la conséquence connue. Cette thèse est beaucoup plus probable que la version avancée par l’intéressé ».

Cette analyse du parquet aurait pu permettre une correctionnalisation de l’affaire : une bagarre entre époux, un coup plus appuyé, la provocation éventuelle de la victime. Mais tout cela procédait d’une reconnaissance du fait homicide, fut-il involontaire. Bernard Wesphael, en maintenant sa ligne de défense jusqu’au bout, a fait le choix de parier sur les assises. Il entend obtenir l’acquittement. Il se refuse à retourner en prison.

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