CMB2015: «Voir Jesolo et puis courir…»

Suite de notre compte rendu du Concours mondial de Bruxelles qui s’est déroulé à Jesolo en Vénétie le week-end dernier. Aujourd’hui, les impressions d’Eric Boschman.

Temps de lecture: 3 min

J’aime cette folie du Concours Mondial de Bruxelles, non pas tant pour les dégustations que pour l’ambiance qui y règne. Cela fait un peu plus de vingt ans maintenant que tout frais Meilleur Sommelier de Belgique, je fus invité au Concours mondial de Bruxelles, en tant que juré.

Depuis, je crois que je m’y suis collé un peu plus de seize fois, mais je n’en suis pas certain et tout le monde s’en fout, moi y compris. Ce grand moment de dégustation s’étale sur trois journées, plutôt intenses, de travail. Mais, à mon sens, cela n’est pas l’important pour les jurés. Car, nous ne sommes que des machines, plus ou moins compétentes, destinées à trouver, au travers de nos travers, des moyennes de produits correspondant aux goûts des consommateurs.

Quelque part, une médaille attribuée par nous est en fait une garantie de goût moyen bien foutu. Nous sommes des statistiques, et notre multitude accentue encore cette idée. C’est ce qui fait la force de cette compétition pour vins presque unique au monde, du moins sous cette forme très achevée.

Il existe d’autres compétitions pour les vins, plus ou moins célèbres, mais, souvent, les dégustateurs savent de quelle région vient le vin, quel est son cépage, ce qui biaise forcément les résultats, car même inconsciemment, le dégustateur sera plus ou moins impacté par l’origine d’un produit. Un œnologue italien du nord ne va pas méjuger un vin italien du nord, c’est logique et il en va comme ça pour tout le monde.

Networking

Bref, tout ça, c’est la technique, des moyens de fonctionnement, mais ce qui est fondamental dans ce rendez-vous annuel, c’est le réseau qui s’y crée. Pendant trois jours et demi, on rencontre des gens venus des quatre points de l’horizon qui font la même chose que nous, on cause popote, on râle ensemble, on aime ou pas ensemble, on rit beaucoup, car la concentration durant les sessions génère ce besoin de se lâcher en sortant, même s’il n’y a pas d’enjeu personnel crucial, hormis notre bulletin statistique de dégustateur qui nous arrive quelques semaines plus tard et auquel je n’ai encore jamais rien compris. Cela me fait penser à mes chères études, tiens ça.

Comment vous conter par le menu ces visages, ces gens qui vous accompagnent pour boire une dernière bière au bout de la nuit en comparant nos expériences, nos envies entre deux jeux de mots foireux, ces visages qui vieillissent autour de nous, certains dont on a perdu la trace, qui n’en sont plus et auxquels on pense. Comment vous parler de ces cons qui jugent comme des pieds, à l’inverse de tout le monde, qui viennent de pays improbables, qui n’ont jamais pratiqué ce sport de haut niveau un peu étrange, de ces hommes et de ces femmes qui sont à la même enseigne, car s’il est bien une discipline égalitaire, c’est bien la dégustation. Comment vous expliquer ces cases que l’on remplit d’une croix en quelques secondes et où l’on scelle l’histoire d’un vin pendant une année au moins ?

Allez, c’est promis, on en reparlera en attendant d’être l’an prochain à Plovdiv. Comment ? Vous ne savez pas où est Plovdiv ? Ben, c’est du beau, il vous faudra donc nous suivre maintenant que nous nous sommes échappés de la cité fantôme du bord du Lido vénitien.

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