Religion/Morale: une avalanche de demandes de dispenses

Beaucoup souhaitent être dispensés du cours de religion/morale. Au secondaire, la dispense atteint parfois 50 % de l’ensemble des élèves.

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L’affaire se corse. En Flandre, les enfants de l’école publique peuvent être dispensés du cours de religion/morale depuis quelques années. Ils ne sont pas nombreux – le nombre flotte sous le pour-cent. C’est ce qui avait rendu Joëlle Milquet plutôt confiante, en mars, quand la Cour constitutionnelle a décrété que la Communauté française devait, comme en Flandre, laisser aux élèves la possibilité d’être dispensés du cours de religion/morale.

La ministre de l’Education a pris les devants, tout de même. A la mi-avril, elle a envoyé une circulaire aux écoles officielles (Communauté, communes, provinces) pour leur demander d’interroger les parents sur leurs intentions – religion ? morale ? la dispense ? Ce n’est qu’un sondage, qui doit permettre au ministère de préparer la rentrée, de s’organiser (les parents devront réellement se déterminer en juin ou septembre).

Les premiers échos du terrain se confirment

Les parents ont jusqu’au 13 mai pour répondre (au lieu de la date, initialement prévue, du 8 mai). Et les écoles ont jusqu’au 25 mai pour communiquer leurs résultats au ministère (au lieu du 18 mai).

A ce stade, on ne dispose d’aucune donnée d’ensemble sur le nombre de demandes de dispenses. Mais les premiers échos du terrain (Le Soir du 2 mai) se confirment. Les premiers résultats, certes partiels, sont très éloignés du 1 % flamand. « C’est très variable d’une école à l’autre, nous explique-t-on. C’est très lié à la personnalité du professeur, de religion/morale – la morale n’étant pas, a priori, spécialement victime de la dispense. Ce que l’on constate, c’est que c’est souvent une sanction du professeur. Si le professeur est populaire, ça va. Sinon, c’est la débandade. »

Le fondamental n’est pas épargné. Dans certains cas, la demande de dispense atteint 10 % de l’ensemble des élèves. « Et cela peut monter à 20 %. »

Des activités liées à la citoyenneté ?

Le secondaire est plus durement touché. La dispense, nous dit-on, peut atteindre 50 % de l’ensemble des élèves de religion/morale d’un établissement.

D’une façon générale, le seul cours préservé est le cours de religion musulmane.

Pourquoi un tel engouement pour la dispense ?

Beaucoup d’ados auront été séduits par l’idée – un moment évoquée – de s’offrir deux heures de tranquillité à l’étude. On ne peut négliger l’impact de la pression exercée par une série d’acteurs encourageant les parents à réclamer la dispense – la Fédération des parents de l’officiel (Fapeo), l’organe de représentation de l’enseignement communal et provincial (CECP), l’organe de représentation du secondaire officiel (Cpeons), la Ville de Bruxelles, etc.

Ces chiffres se confirmeront-ils à l’heure où les parents, en juin ou septembre, devront émettre un choix définitif entre religion/morale/autre chose ? Tout dépend du cours qui sera proposé aux dispensés. La ministre a déposé une note à ce sujet (Le Soir du 4 mai) – elle sera adoptée en exécutif ce vendredi ou la semaine prochaine. Elle propose des activités liées à la citoyenneté (production d’écrits, exposés oraux, lectures, visites, etc.) Comme on le souligne côté PS, il faut trouver l’équilibre entre un cours sérieux, pas trop séduisant (histoire de ne pas vider les classes de religion/morale) et un cours qui ne soit pas trop contraignant pour les profs qui le dispenseront.

Praticable ?

Justement : qui donnera ce cours ? Comme écrit ici (Le Soir du 5 mai), ce seront en priorité les profs de religion/morale. On pourra aussi rappeler à l’école les profs mis en disponibilité. Le cas échéant, le cours pourra être donné par des profs de cours généraux de l’école.

Fanny Constant (CECP) pose des balises : « Il faudra que les enseignants chargés des dispensés aient un titre pédagogique – et ça, dès la rentrée 2015 – et, à terme, une formation à la neutralité. » Le recours aux profs de religion/morale agrée Pascal Chardome (CGSP) – « Il ne s’agit pas de sauver globalement l’emploi, mais de sauver chaque emploi. »

Milquet réunissait les acteurs de l’école officielle, jeudi. Une « difficulté » a été soulevée. L’élève dispensé sera donc possiblement confié à des enseignants de religion dont la neutralité, dans leur pratique quotidienne, ne va pas de soi, par définition. L’idée : que l’accord des parents soit requis si un tel scénario est envisagé par l’école.

Praticable ? L’affaire est à l’étude. Une certitude à ce stade : on n’est pas encore totalement sorti de l’auberge.

 

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