Dispense des cours de religion/morale: les enseignants craignent le chaos

Vendredi, l’exécutif PS/CDH a fixé le contenu des activités qui seront proposées aux élèves demandant à être dispensés de ces cours.

Journaliste au service Politique Temps de lecture: 4 min

Le gouvernement de la Communauté française s’est accordé vendredi sur l’avant-projet de décret donnant du contenu à l’activité qui sera offerte aux élèves de primaire et de secondaire de l’école publique qui, à partir de septembre, souhaiteront être dispensés du cours de religion/morale.

Cette activité s’appellera « encadrement pédagogique alternatif » (EPA).

Le décret prévoit que les élèves travailleront sur le thème de la citoyenneté (éducation à la démocratie, éducation au questionnement philosophique, éducation au bien-être). Les élèves devront produire des travaux écrits ou oraux, lire des documents, visionner des films.

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Travail colossal

Le décret n’en dit pas beaucoup plus. Il n’est qu’un cadre. A chaque PO, maintenant, de donner de la chair à cet EPA – quels sujets étudier exactement ? Quels documents faire lire aux enfants ? Quelles activités au juste proposer aux élèves ? Autant dire que ceci est un travail juste… colossal et qui devra être mené rapidement (nous sommes en mai, les examens vont bientôt mobiliser les énergies). Bref : dans les écoles, on est un peu à cran.

L’EPA soulève aussi des problèmes très concrets au primaire, où le m2 est rare. Au secondaire, on dispose généralement de locaux libres (salle d’étude, etc.). Au primaire, dans les implantations modestes en tout cas, l’espace est compté et les classes sont généralement toutes occupées. Où caser les élèves de l’EPA ? Voilà un petit casse-tête de plus.

Si les enseignants s’attendent donc à subir un certain chaos, ceux qui enseignent les cours de religion/morale ne sont pas trop rassurés pour leur emploi. Le système de dispense va logiquement les priver d’élèves et on entend que, dans certaines écoles, la perte pourrait monter à 50 % (nos éditions précédentes).

Système en cascade

Que dit le décret au sujet de ces enseignants et au sujet de leur emploi ? Tardive, la communication au sujet du décret n’a pas été un modèle de clarté, vendredi soir.

Alors, revenons-y.

Le système fonctionne en cascade. Donneront l’EPA, en priorité, les professeurs de religion/morale nommés à titre définitif à qui le système de dispense ferait perdre des heures. Une condition : disposer d’un titre pédagogique (c’est généralement le cas des profs de morale, moins chez les profs de religion).

Deuxièmes prioritaires : les profs de religion/morale qui ont statut de temporaires (les non nommés, donc). Si les profs de religion/morale de l’école ne perdent pas d’heures (parce que les dispenses seraient peu nombreuses), le PO pourra confier l’EPA à tout membre du personnel (disposant d’un titre pédagogique) ou, à défaut, aux auxiliaires d’éducation ou, à défaut encore, à toute personne de son choix. Le PO peut aussi confier l’EPA aux « professeurs mis en disponibilité par défaut d’emploi » (profs qui ont perdu leur emploi faute d’élèves).

Rappelons que le décret distingue, pour l’EPA, le travail pédagogique (choisir les contenus du cours, exposer la matière, évaluer les élèves, etc.) d’un simple travail de surveillance des enfants quand ceux-ci sont au travail. Le travail pédagogique ne pourra être confié qu’à des enseignants dûment diplômés.

« Les enseignants ont peur »

S’ils ne sautent pas de joie, les syndicats saluent l’existence d’un texte – « Il fallait rassurer les enseignants et les gosses », dit Pascal Chardome (CGSP), pour qui le dispositif protégera l’emploi des profs de religion/morale, qu’ils soient nommés ou temporaires. Pour ce qui est du contenu de l’EPA, le décret fixe des balises qui empêcheront les écoles d’utiliser l’EPA comme moyen de concurrence, avec des activités plus attractives que celles de l’école voisine.

Eugène Ernst (CSC) : « Nous avions exigé la protection de l’emploi : en principe, les profs de religion/morale ne seront pas les victimes de l’EPA. Il reste à vérifier que les PO respectent bien le décret. »

Les deux syndicalistes insistent sur la nécessité d’activer le débat sur le cours de citoyenneté qui devrait, à partir de la rentrée 2016 en principe, s’insérer dans la grille horaire (les 2 heures de religion/morale deviendront alors 1 heure de citoyenneté +1 heure de religion/morale/EPA.)

Du côté du Collectif des profs de morale, on dit « rester dans l’expectative. »

« Les enseignants ont peur, surtout les temporaires », signale Pierre-Stéphane Lebluy, l’un de ses porte-parole. L’association continue à dénoncer l’arrêt de la Cour constitutionnelle du 12 mars qui a déclaré que le cours de morale n’était plus un court neutre – c’est ce qui a obligé la Communauté à créer le système de dispense. Cet arrêt a choqué les profs de morale, estimant respecter les principes de la neutralité. Le Soir du 6 mai avait annoncé que le collectif « envisageait sérieusement » d’attaquer l’arrêt en justice. C’est désormais une « quasi-certitude. »

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