Concours Reine Elisabeth: des personnalités tranchées aux prestations pointues

Mozart. Thomas Reif (Allemagne, 23 ans). Son 5e concerto est l’ouvre d’un musicien sincère. Un sens du rebond traverse tout au long du premier mouvement après la rêverie de l’attaque du violon. L’adagio assume pleinement ses qualités de chant tandis que le rondo final scille entre charme et distinction avec une subtile couche de galanterie que n’affecte pas la rigueur roborative du trio. Le candidat se sen confortablement chez lui avec Mozart au point de proposer ses propres cadences avec un bel à-propos. Une démarche qu’a également choisie Kan Suyeon (Australie-Corée, 25 ans) mais cette fois l’audace se révèle moins payante dans la mesure où un excès d’implication entraîne de fâcheux déséquilibres.. La vision de la violoniste dès l’allegro du 4e concerto est certes bien allante et volontariste, parfois presque à l’arraché (avec les écarts de justesse que cela peut impliquer). Mais l’andante cantabile devient un peu superficiel et, s’il caracole allègrement, le finale n’échappe pas à un jeu très appuyé qui plombe l’entrain originel.

Récitals. Matsuyama Michiru (Japon, 24 ans). La candidate japonaise impose une indéniable maîtrise à sa 4e sonate d’Ysaÿe. Un souci d’arrondir les aspérités donne à l’« allemande » la plénitude la longue ligne. Des pizzicati évocateurs entrainent ensuite la « sarabande » dans une longue mélopée pour se fondre ensuite dans un final motorique et volubile. Même distanciation maîtrisée dans l’imposé de Vykintas Baltakas où le violon plane très haut, presque inaccessible et s’engage ensuite dans la partie plus rapide sans se départir d’un sérieux éloquent. La prestation de Song Ji Won (Corée,22ans) s’impose par sa maîtrise et son implication. Attaque engagée de l’« allemande » de la sonate d’Ysaÿe, « sarabande » pensive, finale libéré et volontaire. L’imposé investit avant tout sur les qualités expressives de la partition gérée ave une maîtrise énergique. En total fusion avec le pianiste Jonas Vitaud, la 7e sonate de Beethoven devient un vrai et grand moment de musique de chambre : fougue combattive de l’« allegro con brio », méditation dense de l’« adagio cantabile », soubresauts espiègles du scherzo, débordements enthousiastes de l’allegro final. La prestation se transforme en triomphe.